C1 production orale : L’habitat participatif

I. Consigne : DALF C1 Production Orale
(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :
Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.
Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.
L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.
Thème de l’exposé : L’habitat participatif est-il un modèle d’avenir ?
II. Documents
Document 1 : Tout savoir sur l’habitat participatif
Historiquement plus proche des cités ouvrières du XIXe que des communautés hippies qui l’ont inspiré, le concept d’habitat participatif a pris de l’ampleur dans les années 2000, en réponse à la flambée des prix de l’immobilier et à la revendication écologique du partage des ressources. En France, 250 projets ont déjà abouti et plus de 700 sont en cours. Pour faciliter leur création, la loi Alur de 2014 a défini un cadre juridique sous forme d’autopromotion immobilière ou de coopérative d’habitants. Le chantier du premier immeuble porté par une telle coopérative, Utop, vient de démarrer à Paris : les occupants seront propriétaires d’un droit de jouissance de 60 ans.
Une démarche collective innovante et éthique
Le cohabitat est un projet immobilier porté par un collectif qui fait réhabiliter ou construire un lieu pour y habiter ensemble. Durant la phase d’élaboration, le groupe définit les règles de gestion durable qu’il souhaite mettre en place, ainsi que les espaces en commun : une terrasse, un jardin, une buanderie, un atelier… Les projets réunissent en moyenne une quinzaine de familles qui partagent les décisions, l’organisation et la responsabilité de ces espaces. Ces carrefours de vie créent une véritable communauté et des services d’entraide (garde d’enfants, courses…).
Des espaces partagés et des économies à la clé
En mutualisant certaines pièces plutôt qu’en étant individuellement propriétaires du foncier correspondant, les cohabitants acceptent de réduire leur espace privatif. Ce qui représente une économie substantielle de loyer ou d’investissement financier. Les coûts de la buanderie, des bureaux de cotravail ou du jardin partagé sont répartis entre les propriétaires à parts égales (1/10e du prix s’ils sont dix). « Certaines études considèrent que cela représente une économie de 15 % sur le budget logement », précise Ludovic Parenty, coordinateur national d’Habitat Participatif France. Au-delà de ce gain financier, les résidents peuvent aussi économiser les salaires liés au gardiennage ou à l’entretien (ménage…), en se partageant ces missions.
Un concept adapté à tous
Familles, couples, jeunes, vieux… Cet habitat « sur mesure » s’adresse à toutes les catégories de population, sans distinction d’âge ou de moyens. De fait, les sexagénaires en sont friands. « Plus de la moitié des candidats à l’habitat participatif sont des seniors, qui cherchent une alternative à la maison de retraite et veulent rester à domicile le plus longtemps possible », souligne Ludovic Parenty. Attention, toutefois, plusieurs années sont nécessaires pour voir aboutir un projet.
Solidarité et lien social
Bien que la vie en communauté soit source de conflits (personnalités autoritaires, exigences de propreté variables, abus sonores…), ces copropriétés d’un autre genre se gèrent en démocratie et permettent de créer du lien. « Si c’était à refaire, je recommencerais sans aucune hésitation : ce mode d’habitat est un fantastique barrage à la solitude », estime Véronique Brom, mère célibataire. […]
Angélique Vallez, Femme Actuelle, 8 février 2021
Document 2 : Vivre ensemble, chacun chez soi, la recette du bonheur pour cet immeuble participatif
[…] Pour tous ces habitants de l’immeuble participatif Les amis de Max, à Rennes, se lancer dans l’habitat groupé n’a pas été de tout repos. Le projet a connu de nombreuses embûches depuis sa conception en 2009. Entre inexpérience du groupe, négociation avec la Ville de Rennes, terrain à défaut, réticence des banques, découragement, départs de foyers et abandons de professionnels, il aura fallu plus de dix ans pour que le projet voie finalement le jour en 2018. […]
Chez Les amis de Max le concept est simple : vivre ensemble mais chacun chez soi. Les habitants partagent des espaces communs, disposent d’appartements privés et partagent des lieux de vie comme l’atelier, la buanderie, la salle commune ou la buanderie, auparavant situés dans la laverie de l’immeuble. Les charges collectives sont ensuite divisées et réglées chaque fin d’année.
Le petit groupe est composé de onze adultes, trois enfants, beaucoup de grands enfants de passage, un chat et… deux poules ! Ça va de 4 à 76 ans. On a toutes les dizaines ! Côté métiers, on a des fonctionnaires, des ingénieurs, des retraités… Beaucoup sont d’origine paysanne bretonne, d’autres de milieu très urbain.
Au quotidien, tous profitent de « la place de l’apéro » pour boire un verre, du jardin pour des ateliers potagers, se retrouvent dans la salle commune pour des soirées jeux ou de grands repas. « On a jamais été autant ensemble que pendant le confinement, se souvient Yannick. Alors que les gens étaient isolés, nous étions rassemblés. On a très bien vécu cette période. »
Les habitants partagent également certains de leurs biens comme les outils, les jouets pour enfants ou les vélos. Un fonctionnement qui a séduit Bertrand Wolff, ancien professeur à la retraite. Il a rejoint le projet avec la volonté de sortir du chacun pour soi : « Je voulais lutter contre l’étalement urbain. Je trouvais important qu’on occupe moins de mètres carrés, qu’on mutualise les biens. Et pour moi qui suis en retraite et qui vis seul, habiter dans un lieu où j’ouvre la porte et je rencontre des gens, c’est essentiel. » […]
Le collectif s’est occupé du tout, de la conception à l’aménagement de l’immeuble, pour un logement sur-mesure et surtout plus économique. Il faut compter 3 300 € par mètre carré habitable privatif, donnant accès à toutes les parties communes. Les habitants sont propriétaires de parts liées à des mètres carrés. « Ce projet m’a permis d’accéder à la propriété, sinon je ne serais pas à Rennes, je n’aurais pas d’extérieur », confie Marie-Danièle, ancienne infirmière de bloc opératoire.
Jean-Philippe, fonctionnaire, s’apprête quant à lui à emménager dans un des appartements avec sa femme, après avoir vécu plusieurs années en maison. « On a un héritage culturel qui nous pousse vers des modèles d’habitats individuels. Moi-même, à l’heure actuelle, je ne sais pas si je vais arriver à m’adapter. C’est un gros effort psychologique de diminuer sa surface. Il faut jeter, trier, apprendre à se défaire. La maison a ses avantages, il y a des sacrifices à faire. »
Car vivre en collectivité peut faire peur. N’y a-t-il pas des soucis d’intimité ? « On a le droit au retrait aussi, se défend Yannick. Ici, on partage des moments choisis, il n’y a rien d’obligatoire. » Il faut tout de même se lancer dans l’aventure avec l’envie de s’investir : chaque arrivant adhère à la charte du collectif, qui met l’accent sur le côté écologique et participatif du lieu, ainsi qu’au règlement intérieur. « On discute, mais on est pas dans le conflit dur, mais il y a des différents qui s’expriment. »
Avec cette reprise en main des décisions, son objectif solidaire et écologique, Les amis de Max propose une nouvelle façon de penser la ville. « Je réalise le privilège que c’est de vivre dans un habitat partagé, explique Bertrand. Dans un immeuble classique, on croise ses voisins, on se dit bonjour, mais il n’y a pas d’espace pour partager des choses en commun contrairement à ici. » Pour Jean-Philippe, ce modèle d’habitat participatif est un modèle d’avenir, qui pourrait changer le visage de nos métropoles, en renouant avec l’esprit de village : « Ça répond à un besoin. Les gens essaient de recréer de la convivialité en ville, il faut amener une dynamique avec des nouvelles structures. Si on l’a fait, tout le monde peut le faire. »
Camille Da Silva, Ouest France, 18/07/2021