C1 production orale : Les horaires de travail

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : Travailler moins pour gagner autant ?


II. Documents

Document 1 : Travailler 32 heures ou 4 jours par semaine ? Voici les arguments pour et les arguments contre

Et si vos week-ends commençaient systématiquement le jeudi soir ? La question n’est pas si anecdotique. À quelques mois de l’élection présidentielle, l’idée de réduire le temps de travail revient sur le tapis… et se concrétise aussi au sein de quelques entreprises. […]

Y a-t-il des exemples ?
Ils restent rares, mais sont brandis par les uns et les autres pour montrer le caractère réaliste de la mesure. En Espagne, Telefonica, le géant des télécoms, expérimente la semaine de travail du lundi au jeudi depuis début octobre, et ce pour trois mois. Tandis que la marque de prêt-à-porter Desigual vient d’annoncer son passage de 39,5 à 34,5 heures de travail par semaine. Plus globalement, le gouvernement espagnol a doté de 50 millions d’euros un fonds pour mettre en place plusieurs projets pilotes d’une semaine de 32 heures… sans baisser les salaires.

Plus près de nous, l’entreprise Bosch Rexroth Vénissieux est à 32 heures depuis vingt-deux ans, avec 100 embauches réalisées. […] Également dans le Rhône, les 1 000 salariés du groupe LDLC, spécialiste de la vente d’équipements informatiques, sont passés depuis plusieurs mois aux 32 heures hebdomadaires, réparties sur quatre jours. Le fondateur de l’entreprise basée à Limonest, près de Lyon, expliquait avoir lu, il y a un an, « un article sur une expérience de Microsoft au Japon qui avait été bénéfique » : en août 2020, les salariés de la filiale du géant informatique dans l’archipel étaient passés à la semaine de quatre jours. S’en serait suivie une hausse de leur productivité moyenne de 40 %.

Les arguments pour
Pour ses partisans, une semaine à 32 heures et/ou quatre jours de travail serait profitable à l’économie tout entière. « Pour cela, il faudra augmenter les salaires par des mesures générales, en finir avec les heures supplémentaires défiscalisées et réorienter les aides publiques massives qui pourraient être mobilisées en faveur d’une nouvelle phase de réduction du temps de travail et de créations d’emplois », prône la CGT.

Le syndicat y voit aussi des enjeux environnementaux (via la baisse des déplacements, de la consommation énergétique sur les lieux de travail et des flux de données échangées), de conquête de l’égalité professionnelle hommes-femmes (ces dernières étant souvent contraintes de s’arrêter ou de travailler à temps partiel pour élever les enfants ou prendre en charge les personnes âgées ou dépendantes… avec pour conséquences des salaires et retraites bien moins élevés). Sans oublier une meilleure prise en compte de la pénibilité.

Les arguments contre
Lors de la présentation de son plan d’investissement « France 2030 » mardi 12 octobre, le président de la République a assuré que notre pays « travaille moins que les autres ». Une assertion qui est plus ou moins juste, selon les statistiques et comparaisons étudiées. […] Tout porte donc à croire qu’Emmanuel Macron, s’il se déclarait candidat à nouveau, ne soutiendrait pas une baisse du temps de travail.

Ce type d’initiative suscite d’ailleurs beaucoup de questions : cela condamnerait-il les entreprises à fermer le vendredi, au risque de compliquer les relations avec clients et fournisseurs ? Ou bien les salariés devraient-ils tourner, certains se voyant imposer trois jours de récupération en semaine par exemple ? Chez Telefonica en tout cas, seuls 153 des 18 000 salariés se sont finalement portés volontaires.

Et alors que le bilan des 35 heures reste mitigé en France en termes de création d’emplois, Desigual n’a pour sa part pas prévu pour le moment de recruter de nouveaux salariés. Ni de maintenir le salaire de ses employés : il va baisser de 6,5 %.

Gaëlle Fleitour, Ouest France, 14/10/2021

Document 2 : « Patrons, essayez la semaine de 4 jours, ça fonctionne »

À la tête de LDLC, société de vente de matériel informatique, Laurent de la Clergerie a fait passer ses salariés aux 32 heures pour pratiquer la semaine de 4 jours, sans perte de salaire. Convaincu qu’une « relance par le temps libre » est possible, il encourage les autres patrons à tenter l’aventure du bien-être dans l’entreprise. […]

Quel est le principe de base qui a guidé votre décision d’« imposer » ces quatre jours ?
La semaine de quatre jours, on l’a tous vécue. Et on la vit tous les ans, tous, à chaque fois qu’il y a un pont dans la semaine. C’est une semaine qu’on n’a pas vu passer, on est reposés et on aimerait n’avoir que des semaines comme ça. On se le dit tous, quel que soit le poste qu’on a, quand on passe une semaine de quatre jours.

Et économiquement, cela fonctionne-t-il vraiment ?
Si je vous donne un chiffre qui peut montrer qu’effectivement la productivité est au rendez-vous, sur les premiers dix mois que vient de passer, nous avons fait 47 % de croissance. Il y a un an, nous étions 1 000. Aujourd’hui nous sommes passés à peu près 1 000.

Ne craignez-vous pas, dans un avenir plus ou moins proche, d’être contraint de faire tourner vos salariés ?
On est passé sur un rythme de quatre jours en 32 heures, qu’on paie toujours 35 heures, sans aucune baisse de salaire et en valorisant les postes – aujourd’hui comme dans le futur –, toujours selon les mêmes conditions. Le pari, c’était justement ça : on ne va pas perdre en productivité donc, il n’y a aucune raison de baisser les salaires. Cette année, nous avons même pu revaloriser de 10 % les salaires les plus bas de l’entreprise. Les salariés sont aussi être plus productifs parce qu’on a libéré un jour dans la semaine pour faire tout ce qu’on n’a jamais le temps de faire et que, de temps en temps, on faisait pendant le temps de travail.

Cette mesure peut-elle être créatrice d’emplois ?
Si je considère notre société, la semaine de quatre jours n’a pas généré autant d’emplois que je l’imaginais. La mise en place m’a coûté moins cher que prévu. Je pense qu’on est à cinq ou six emplois créés. En revanche, lorsque j’imagine le modèle de façon plus large, quatre jours, ça libère un jour à chaque personne, un jour où les gens vont devoir s’occuper. Et je suis sûr qu’il y a une quantité d’emplois indirects qui serait énorme si, demain, de plus en plus de sociétés passaient à la semaine de quatre jours, parce que les gens se mettraient à faire du sport, à avoir des loisirs, à aller faire leurs courses à des heures où, aujourd’hui, il n’y a pas forcément grand monde dans les magasins. Je pense donc que, par ricochet, c’est une mesure qui crée de l’emploi.

Certains patrons se disent échaudés par les 35 heures. Que leur répondez-vous ?
Il ne faut pas penser en question d’heures. Il ne faut pas se dire que les 35 heures ont échoué donc les 32 heures en quatre jours vont échouer. Il faut vraiment réfléchir sur la façon dont vivent les gens à travers quatre jours. Quand j’ai posé l’idée sur le papier, j’ai réalisé que je ne voyais pas où il pouvait y avoir un bug. Et, effectivement, même si les 35 heures se sont révélées compliquées à vivre pour les entreprises, la semaine de quatre jours est beaucoup plus facile à gérer. Et cela apporte tellement de bien-être derrière aux équipes d’avoir ce jour en plus que, une fois qu’on a passé ce cap dans la tête, les gens n’ont qu’arrivé à en comprendre le sens. […]

Louis Morice, L’OBS, 5/10/2021