C1 production orale : Les anglicismes

I. Consigne : DALF C1 Production Orale
(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :
Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.
Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.
L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.
Thème de l’exposé : Les anglicismes sont-ils une menace pour la langue française ?
II. Documents
Document 1 : Résistance
La question linguistique devient une véritable question politique. Un début de résistance à la « lobotomisation » linguistique pointe son nez. L’entreprise est l’un des lieux de cet affrontement. Beaucoup de sociétés tentent de passer au « tout anglais » en imposant de plus en plus de mots anglais à leurs salariés, comme à leurs clients. On a même inventé le « globish », une espèce d’anglais surallégé, pour communiquer dans le monde des affaires.
Le management généralisé s’accompagne de toute une armada de mots : le business model (modèle économique), le cash-flow (pour la trésorerie), le process (au lieu du processus), le reporting (rapport), la road map (feuille de route), le contrôle de compliance (conformité), etc. La plupart de ces mots ont évidemment leur équivalent en français. Même le marketing, (mercatique). Le recours systématique à l’anglais, outre l’abâtardissement de la langue qu’il produit, a pour conséquences une discrimination envers les non-anglophones, une pression accrue sur les salariés et au bout du compte une moindre efficacité dans la communication et dans le travail. Du côté de l’État, rien n’est fait pour que soit respectée la loi Toubon qui précisait, entre autres choses, que le français devait être la langue utilisée dans les relations de travail. Au contraire, le gouvernement, […] pousse à la roue, comme l’a montré la loi Fioraso sur les enseignements supérieurs en anglais. […]
Tout ce qui est international serait anglais. Mais la mondialisation, ce devrait être d’abord celle de la diversité des langues et de leur apprentissage. Fort heureusement, on peut signaler des cas de résistance. Déjà en 2012, une organisation syndicale avait organisé un colloque sur le « tout anglais » à l’entreprise (les cadres étant particulièrement confrontés au phénomène). Cette organisation s’est aussi saisie de la question dans des groupes comme Carrefour, BNP Paribas ou Air France, parfois avec succès. Jusqu’aux salariés de Disneyland Paris qui manifestent un ras-le-bol du « tout anglais ».
Patricia Latour, Francis Combes, L’Humanité, 16 juin 2016.
Document 2 : Les carpettes anglaises
Beaucoup de réactions à ma chronique […] sur la marée noire de termes et expressions anglo-saxons dans la vie quotidienne en France. Des lettres de lecteurs, qui souffrent et protestent.
[…] « On m’invite à des afterworks où des orateurs prestigieux délivrent des keynotes… » « Vous n’avez pas relevé l’affreux hashtag des tweets (gazouillis) au lieu du mélodieux “dièse”! » Des amis qui, voulant me conforter, en rajoutent :
– Tu n’as pas cité coach, bad boy, loser…
– Ni sportswear, jean slim, stiletto, gloss…
Assez gémi. Que faire ? Commençons par nous interdire à nous-mêmes ces paresseux tics que sont un mail, du shopping, too much et tant d’autres… Et puis rappelons-nous que nous vivons dans un État de droit. La loi Toubon « relative à l’emploi de la langue française » de 1994 est limitée, elle concerne essentiellement les services et établissements publics et, pour ce qui est de l’économie privée, ne s’applique guère qu’à la publicité sur la voie publique, à la présentation et aux modes d’emploi des biens commercialisés et, dans l’entreprise, aux contrats et documents de travail écrits. À peine adoptée, elle a été édulcorée par le Conseil constitutionnel qui, au nom de la liberté d’expression, a exclu de son champ d’application la radio et la télévision, et de façon générale les personnes privées, quelle que soit leur activité. Cette loi pourtant n’est pas rien. Encore faudrait-il qu’elle fût appliquée. Essayant cet été d’obtenir de la Mairie de Paris via la Toile ce qu’il est convenu d’appeler le « retrait d’un objet encombrant », je me suis vu refuser mon numéro de téléphone en ces termes : « Le champ “Votre numéro de téléphone” doit être un number valide de 10 chiffres. » Vous ne me croyez pas ? Je tiens la capture d’écran à votre disposition. La SNCF propose des TGV Family, des TGVpop (en un mot), « Ouigo, l’offre de train low cost ». Plus fort, pour le dernier avatar du « service public dématérialisé », la plate-forme officielle de tous les services de l’État (français), les as de la com n’ont rien trouvé de mieux comme nom que 6tzen.
Quelques irréductibles se battent pour obtenir le respect de la loi, de valeureuses associations telles que Avenir de la langue française ou Défense de la langue française. Le Canard enchaîné ne manque pas une occasion d’épingler « l’angliche ». […] Pensons à signaler à ces résistants les anglicismes qui nous écorchent les oreilles et les yeux. Quatre associations ont créé il y a déjà près de vingt ans le prix de la Carpette anglaise, un « prix d’indignité civique » décerné annuellement à un membre des élites françaises qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française. » Pour tout ce qui ne relève pas de la loi – l’anglais plutôt que le français parce que cela « fait bien » et surtout pour faire vendre – il faut savoir ce que nous voulons.
Michel Serres préconise la grève : « Chaque fois qu’une publicité sera en anglais, on n’achète pas le produit, chaque fois qu’un film ne sera pas traduit dans le titre, on ne rentrera pas dans la salle de cinéma. On ne rentre pas dans un shop, on entrera dans une boutique. Et dès lors que les publicitaires et les commerçants auront 10 % de moins de chiffre d’affaires, ne vous en faites pas, ils reviendront au français. »
© Laurence Cossé, La Croix, n° 40594, « La chronique de Laurence Cossé », 14 septembre 2016.