C1 production orale : Le vote obligatoire

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : Faut-il rendre le vote obligatoire ?


II. Documents

Document 1 : La fausse bonne idée du vote obligatoire

Depuis 1945, aucune démocratie consolidée n’a introduit le vote obligatoire. Ce dispositif existe dans plusieurs pays, du Brésil à l’Australie ou, plus près de nous, en Belgique, mais la tendance est plutôt à sa suppression (aux Pays-Bas, en 1967, au Venezuela, en 1993). Pourtant, le rapport remis récemment par le président de l’Assemblée nationale au président de la République inclut une nouvelle fois cette proposition. Pourquoi ?

Plusieurs arguments plaident pour l’instauration d’un vote obligatoire. D’abord, s’il est assorti de sanctions fortes, il est très efficace pour augmenter la participation. D’après les expériences des Pays-Bas ou de la Belgique, on estime à près d’une dizaine de points ce surcroît de participation lors des élections législatives.

Plus globalement, la défense du vote obligatoire souligne que le vote est un devoir et pas seulement un droit. Le résultat de l’élection, et notamment les politiques publiques qui en découlent, sont un bien commun. Un autre argument part du constat que les taux de participation ne sont pas identiques entre les groupes sociaux. Ces taux différenciés de participation posent un problème pour la qualité de la représentation électorale. Pour autant, le vote obligatoire ne va pas résoudre les problèmes de légitimité et de représentation. De manière évidente, d’abord, l’obligation conduit à une hausse du nombre de bulletins blancs. De plus, l’abstention peut être vue comme l’expression du mécontentement soit par rapport au fonctionnement du système politique, soit par rapport à l’offre électorale du moment. Interdire l’abstention rendrait plus probable le soutien à des candidats faisant de la contestation du système politique le cœur de leur positionnement électoral.

La suppression des différentiels d’abstention entre groupes sociaux par l’obligation ne conduit pas non plus forcément à leur meilleure représentation. En effet, le vote obligatoire peut s’accompagner de comportements électoraux erratiques dans la mesure où l’obligation de vote n’augmente pas mécaniquement l’information et l’intérêt pour l’élection. Ajoutons aussi que les abstentionnistes ne sont pas si différents du reste de la population ! Dans le cadre d’une recherche, des simulations réalisées lors des élections européennes montrent ainsi qu’un vote obligatoire ne changerait les résultats finaux que de moins de 2,5 points. Ces différences se feraient systématiquement aux dépens des partis de gouvernement et au profit des partis protestataires.

Au final, les effets attendus de l’instauration du vote obligatoire sont mitigés et il ne s’agit en aucun cas de la solution miracle aux difficultés rencontrées par le système politique français.

En revanche, la mise en œuvre du vote obligatoire soulève plusieurs difficultés. Celle, d’abord, de rendre l’obligation effective. Cela suppose de disposer d’un fichier électoral national mis à jour en continu, de charger police ou justice de vérifier la réalité de la participation et de décider de la sanction (les policiers et les juges en ont-ils vraiment le temps aujourd’hui ?). Si les sanctions sont trop faibles ou pas systématiques, elles sont peu efficaces. Plus lourdes, elles sont difficiles à faire accepter. À l’inverse, regrouper les scrutins à faible visibilité en une date unique permettrait très probablement une hausse significative de la participation, et ce à moindre coût. Des élections départementales en mars, distinctes d’élections régionales en décembre, semblent le plus sûr moyen de provoquer la démobilisation.

Abel François, Nicolas Sauger, Les Échos, 11 mai 2015.

Document 2 : Contre le vote obligatoire et la domestication de l’électeur

Pour « refonder le lien civique », le président de l’Assemblée nationale, préconise l’instauration du vote obligatoire. Une fausse bonne idée selon l’universitaire Jérémie Moualek. Pour lui, vouloir « mettre les électeurs à marche forcée » relève d’une bien curieuse « conception de la démocratie ».

Le rapport « Libérer l’engagement des Français et refonder le lien civique » présenté mercredi matin par le président de l’Assemblée nationale préconise une idée supposée neuve : le vote obligatoire !

Déjà promu le 18 mars dernier par les écologistes dans le cadre d’une proposition de loi, le vote obligatoire est en réalité une vieille rengaine que les politiques aiment ressortir de temps à autre. Ainsi, pas moins de 53 propositions de loi visant à introduire le vote obligatoire ont été émises depuis la IIIe République, dont quatre depuis 2002 !

Dépassant ce qu’il semble rester du clivage gauche/droite, l’idée séduit ceux qui pensent qu’elle aurait des vertus civiques… En réalité, le vote obligatoire ne lutterait pas contre l’abstention, il la supprimerait ! Cela signifierait alors que le problème n’est pris que dans un sens, en incombant la responsabilité du manque de participation politique à l’électeur plutôt qu’aux gouvernants. Dès lors, s’intéresser davantage aux symptômes qu’aux causes pourrait mener à la production d’un faux remède à la crise de légitimité des élus […] : un piètre placebo qui ne ferait pas longtemps illusion…

Et, c’est la conception même du rôle de l’électeur (et de l’élection) qui serait alors remise en question.

En effet, le vote obligatoire constituerait une forme d’achèvement de la domestication de l’électeur conduite depuis les prémisses du suffrage universel. L’uniformisation de l’acte de vote réalisée par ce qui constitue nos bureaux de vote aujourd’hui (isoloirs, urnes normalisées…) et par la mise en place d’instruments (bulletins imprimés standardisés, touches sur les machines à voter) à la pauvreté expressive assumée (qui fait que plus une opinion est complexe, plus elle est « censurée ») fait déjà que le citoyen se doit de répondre positivement aux attendus normatifs qui pèsent sur lui au cas où il souhaite exprimer son opinion. L’ajout de l’obligation supplanterait même toutes ces dispositions et rendrait obsolète la carte d’électeur que nous connaissons et sur laquelle il est inscrit : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». Le vote obligatoire changerait tout simplement le sens du vote : il en ferait un devoir bien davantage qu’un droit.

Enfin, certains se rassurent en espérant qu’ainsi le vote blanc (toujours pas comptabilisé dans les suffrages exprimés) pourra obtenir la (vraie) reconnaissance que les électeurs qui en usent méritent. Mais le vote blanc d’aujourd’hui ne serait pas celui de demain. Phénomène politique croissant depuis le début des années 1990, le vote blanc est « le droit de choisir de ne pas choisir » qui s’inscrit – dans le même temps – dans une volonté de ne pas renoncer à voter malgré la possibilité (pour ne pas dire « liberté ») donnée à l’électeur de le faire.

© Jérémie Moualek, Marianne, 16 avril 2015.