C1 production orale : Le congé paternité

I. Consigne : DALF C1 Production Orale
(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :
Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.
Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.
L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.
Thème de l’exposé : Le congé paternité est-il un échec ?
II. Documents
Document 1 : Allongement du congé paternité : à quels effets s’attendre ?
Au premier juillet 2021, la durée du congé paternité sera allongée à 25 jours au lieu de 11 actuellement, dont 4 jours obligatoires. […] La France rejoint enfin ses voisins européens sur le terrain du congé paternité. 16 semaines de congés 100 % rémunérés pour l’Espagne, 1 mois obligatoire au Portugal, et des congés rémunérés qui se comptent en mois dans les pays nordiques, la France rattrape enfin son retard. Grâce à cet allongement, les pères vont pouvoir mieux s’adapter à l’arrivée du bébé et trouver un nouvel équilibre de vie. Ce délai leur permet de prendre pleinement conscience de leur nouvelle condition. C’est aussi l’occasion pour eux de nouer des liens avec le nouveau-né, de permettre au père et à son enfant de se connaître et se faire confiance.
Augmentation du nombre de pères qui prennent ce congé paternité
Le congé paternité connaît un succès depuis sa création en 2002, même si le taux de recours varie selon les statuts et catégories professionnelles. D’après un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales, en France, 7 pères éligibles sur 10 prennent leur congé paternité. Mais les taux de recours sont très inégaux selon le statut des bénéficiaires potentiels. S’il est de 80 % pour les personnes en CDI ou même de 88 % pour les fonctionnaires, seuls 48 % des pères en CDD prennent ce congé. Or, dorénavant, une partie de la durée du nouveau congé paternité devient obligatoire, d’une durée de 4 jours, adossée au congé de naissance de 3 jours qui devient lui aussi obligatoire. Ainsi, tous les jeunes papas salariés devront s’arrêter de travailler pour 7 jours minimum.
Prendre soin de la santé physique et mentale des mères
L’allongement de ce délai était aussi une revendication de la part de nombreuses femmes. Et pour cause : il permet aux jeunes mamans de se reposer à la fois physiquement et psychologiquement, tout en étant soutenues par le père. Suite à l’accouchement, la femme traverse une période de bouleversements physiques et anatomiques liés à la perte brutale des repères de la grossesse, mais également psychiques et familiaux, dans cette relation mère-enfant naissante. Cette période appelée post-partum dure plusieurs semaines et nécessite un suivi et une attention particulière, car elle peut être la source de douleurs. La présence du second parent aide à les détecter et les prendre en charge. […]
Peu d’effets en matière d’équilibre des tâches
Si dans un premier temps la présence du père permet de réduire la charge maternelle, ce n’est pas toujours le cas dans la durée. Les femmes sont en effet celles qui effectuent l’essentiel des tâches domestiques et familiales, avec une situation qui n’évolue guère. Selon une étude de l’INSEE datant de 2010, 40 % des femmes déclaraient travailler à temps partiel contre 8 % des hommes, un chiffre encore très stable aujourd’hui. Et en matière de travail domestique et parental, la répartition reste déséquilibrée : en 2010, 71 % du temps domestique et parental était assumé par les femmes, contre 69 % il y a 25 ans. Concernant le travail parental, c’est 71 % contre 80 % il y a 25 ans. Au total, la part du temps consacré au travail domestique et parental pris en charge par les femmes a donc très peu diminué, passant de 71 % en 1986 à 66 % en 2011. On peut donc supposer que ces chiffres restent encore plus ou moins valables en 2021.
Et l’allongement du congé paternité ne devrait pas avoir un grand effet sur ces données… En effet, les congés maternité et paternité sont pris au même moment. Les jeunes parents apprennent à s’occuper de leur petit ensemble. Mais l’enjeu se trouve aussi une fois ces congés écoulés. Les chiffres montrent que ce sont essentiellement les femmes qui exercent le travail parental. Or, il est important que les pères se retrouvent seuls avec la gestion des tâches : « Si on veut avoir une politique très transformative du point de vue de l’équilibre des tâches, beaucoup de travaux ont montré qu’il est préférable que le père se retrouve seul à un moment avec la gestion de la famille et tout ce qui va avec », selon Hélène Périvier, économiste à l’OFCE Sciences Po. […]
Peu d’effets en matière d’égalité professionnelle
[…] D’après une étude de l’INSEE, après une naissance, un homme sur neuf réduit ou cesse temporairement son activité contre une femme sur deux. Cela s’explique en partie par la moins bonne rémunération des femmes par rapport à leurs collègues masculins, qui sont alors plus incitées à prendre ce congé. Ce sont plus souvent les femmes qui ajustent leur carrière lorsqu’elles ont des enfants et assument le travail parental, ce qui n’est pas sans effet sur leur réputation sur leur marché du travail : les discriminations à l’embauche liées à l’âge et au sexe sont encore courantes. Il faut que ce risque lié à la parentalité (moins d’investissement, absences plus nombreuses, etc.), soit porté de façon équilibrée par les pères et par les mères sur le marché du travail. […]
Valentine Ambert, Youmatter, 11 juillet 2021
Document 2 : Congé paternité : « Je ne prendrai pas les 28 jours autorisés »
À partir du 1er juillet 2021, les règles du congé paternité changent ! De 11 jours initialement, le congé de paternité va passer à 25 jours calendaires. En l’additionnant aux 3 jours du congé naissance, les pères salariés pourront, s’ils le souhaitent, prendre 28 jours de congé au total. […]
Ainsi, cet allongement du congé paternité est majoritairement salué et attendu par les futurs parents. D’après une étude réalisée par l’Observatoire de la responsabilité sociale des entreprises, sur un échantillon de 2 000 hommes, plus de 85 % se disent très favorables à l’allongement du congé paternité. […]
Mais, il faut noter une nuance importante à cet allongement du congé : les hommes peuvent le prendre… s’ils le souhaitent. Et visiblement, pour diverses raisons, tous ne veulent ou ne pensent pas pouvoir bénéficier de cet arrêt à l’arrivée de l’enfant. « Cela signifierait une trop grosse perte de salaire pour notre foyer, donc mon conjoint va prendre seulement les 7 jours obligatoires et plutôt poser des congés », témoigne Virginie, enceinte de 6 mois. Certes, ce nouveau congé paternité comporte bien une part obligatoire de 4 jours consécutifs qui doivent être adossés au congé de naissance, soit 7 jours au total. En revanche, le reste du solde du congé paternité peut être pris plus tard (dans un délai maximum de 4 mois) ou ne pas être pris du tout. Pour certains futurs papas, comme ils nous l’ont expliqué, ça ne sera pas du tout… […]
« Je me sens inutile à la maison », Romain, 38 ans
« Je vais passer pour un gros macho, mais la vérité, c’est que je me sens inutile à la maison. Lors de la naissance de mon premier enfant, j’avais droit aux 14 jours… et je suis reparti au boulot au bout de 7 ! Ma femme allaitait, donc je ne peux pas m’occuper du bébé lorsqu’il a faim, et le reste du temps, je dors. J’aime autant travailler et je m’occupe des tâches le soir et le week-end. Je prépare à manger, je m’occupe du ménage. Mais concrètement, je me trouverais plus utile de pouvoir disposer de ces jours-là quand bon nous semble au cours des trois premières années de l’enfant. Juste après la naissance, ce n’est pas pour tout le monde le moment propice. »
« Mon employeur a été clair ! », Arnaud, 36 ans
« J’aurais bien aimé prendre les 28 jours, mais mon employeur a été clair : il ne voit pas d’un très bon œil que je prenne plus de jours que ceux obligatoires. J’aurai donc 7 jours avec ma femme et mon bébé… et c’est tout, sauf si je veux perdre mon emploi. D’autant plus qu’avec la généralisation du télétravail, pour mon employeur, je peux très bien concilier les deux : pour lui, je serai à la maison, donc je pourrai m’occuper de mon enfant et travailler en même temps. Ce genre d’hypocrisie m’énerve. Je pense qu’il faudrait rendre l’ensemble du congé paternité obligatoire et rémunéré ! » […]
Julie Caron, Magicmaman, 28/06/2021