C1 production orale : Le bonheur au travail

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : Le congé paternité est-il un échec ?


II. Documents

Document 1 : Être heureux en travaillant : un facteur de croissance

La première Université du bonheur au travail a eu lieu à Paris, du 29 au 31 octobre. 120 collaborateurs de PME ou de grands groupes sont venus y découvrir les secrets des entreprises où il fait bon vivre.

Faire disparaître le stress, les angoisses qui apparaissent la veille d’un retour au travail ? C’est un rêve que caressent de nombreux salariés, tout comme certains chefs d’entreprises. Car tous passent une grande partie de leur vie au sein de leur société. Être heureux au boulot, une utopie ? Ce n’est pas ce que pense Alexandre Jost, fondateur et délégué général de la Fabrique Spinoza, « think-tank du bonheur citoyen », qui vient de créer la première Université du bonheur au travail. Il n’est visiblement pas le seul à courir après cet idéal : les 120 places disponibles pour ces trois jours de réflexion et d’expériences intensives ont été trustées par des directeurs opérationnels, des managers ou encore des responsables de ressources humaines de PME comme de grands groupes (Airbus Helicopters, la MAIF, Banque de France, SETEC…).

Stress et cerveau reptilien

« Les entreprises ont un besoin éthique et humaniste de bonheur au travail, analyse Alexandre Jost. Mais elles sont aussi à la recherche de moyens de générer une plus grande performance économique et le bonheur au travail est un de ces moyens. » Sur quelle base théorique cela s’appuie-t-il ? La science du bonheur.

« Des chercheurs ont prouvé que lorsque les individus sont stressés, ils se réfugient dans leur cerveau reptilien, ce qui fait baisser leurs capacités cognitives, analyse Alexandre Jost. Ces découvertes intéressent particulièrement les organisations car, si on augmente l’épanouissement au travail, on génère plus de croissance. »

Comment, ensuite, trouver concrètement des solutions pour augmenter le bonheur au travail ? Entourés de douze coachs, les participants ont durant trois jours participé à des ateliers en petits groupes, à des réunions plénières, mais également à des talk-shows d’une demi-heure avec des duos d’experts. Jacques Fradin, docteur en médecine, comportementaliste et cognitiviste, et Laurence Vanhée, ex-Chief Happiness Officer du ministère belge de la Sécurité sociale, se sont interrogés sur « les clés du bonheur de l’individu au travail ». Jacques Lecomte, docteur en psychologie positive, et Hubert de Boisredon, PDG d’Armor, ont évoqué « les clés d’une relation favorisant le bonheur ».

Flore Mabilleau, Aujourd’hui en France, « Cap sur la croissance », 2 novembre 2015.

Document 2 : Bonheur contraint, malheur certain

Il faudrait être tout le temps heureux et épanoui, y compris au travail. Mais cette injonction au bien-être perpétuel, devenue une tendance lourde des services de ressources humaines dans certaines entreprises, peut s’avérer contre-productive.

Après l’engouement suscité par les nombreuses publications consacrées au bonheur au travail, le balancier repartirait-il dans l’autre direction ? Sous le titre « Against happiness » (« Contre le bonheur »), l’auteur de la renommée chronique Schumpeter du magazine britannique The Economist du 24 septembre s’élève contre ce nouvel oukase, qui voudrait faire du bonheur une nouvelle norme. Cette rubrique de notre confrère britannique étant bien souvent annonciatrice de tendance, il importe d’y prêter attention. L’auteur s’y moque des « jolly good fellows » (« bons camarades ») de Google, chargés de diffuser bonne humeur et empathie parmi les salariés. Ou de ces directeurs des relations humaines transformés en chief happiness officers (« chefs du bonheur »), selon leur carte de visite.

Ils ne sont plus des exceptions. De nombreux consultants, organisateurs de séminaires et autres conférenciers, ont fait de l’initiation à cette attitude managériale un business rentable et prêchent la bonne parole. Ce qui en accélère la diffusion.

On pourrait s’en réjouir s’il n’y avait effectivement que des bons côtés à l’affaire. Mieux vaut travailler dans la joie et la bonne humeur. Sans aucun doute. Mais ce n’est évidemment pas toujours le cas. Car, quand le bonheur devient un objectif à atteindre, au sens business du terme, c’est-à-dire, à plus ou moins longue échéance, un critère qui pourra être quantifié et sur lequel chacun pourra être jugé, il y a danger. Le superbe film Divines vient nous le rappeler. Dans une des premières scènes, l’héroïne, Dounia, se rebelle contre ce sourire qu’on veut lui imposer à elle et aux autres élèves de cette formation pour hôtesses d’accueil. Elle exprime une situation bien réelle. De très nombreuses études universitaires ont démontré à quel point les injonctions à se montrer heureux peuvent s’avérer douloureuses…

On pourra prétexter que les métiers analysés sont souvent des métiers de service mal considérés, mal rémunérés (hôtesse d’accueil comme Dounia, mais aussi serveuse, caissière, vendeuse…) et que cette « souffrance émotionnelle » leur est propre. Qu’il en serait tout autrement pour des postes de cadre plus intéressants à tout point de vue. Car il est différent d’afficher un sourire forcé face à une clientèle — cas de l’hôtesse — et d’être heureux sans avoir à le manifester physiquement en permanence, face à son écran d’ordinateur.

On pourrait aussi argumenter que ce qui est compréhensible, car rationnel, pour des professionnels du service, en contact permanent avec la clientèle, qu’il importe de bien accueillir, n’est pas pour nombre d’autres professions, qui n’ont aucune relation avec l’extérieur. Et que la pression à la bonne humeur affichée serait donc moindre dans ces métiers aux faibles dimensions commerciales. Il n’en est rien, dans la mesure où l’idée que le bien-être au travail améliore la productivité, dans tous les secteurs d’activité et pour toutes les fonctions, a été amplement démontrée et est donc bien ancrée dans les esprits.

Annie Kahn, Le Monde, 29 octobre 2016.