C1 production orale : L’agriculture biologique

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : L’agriculture biologique peut-elle nourrir la population mondiale ?


II. Documents

Document 1 : Le bio peut-il nourrir la planète ?

L’agriculture bio, remède à tous les maux de la filière ? La question divise Eugénia Pommeret, directrice de l’Union des industries de la protection des plantes et Stephan Lagorce, auteur et ingénieur en industries agroalimentaires.

Eugénia Pommeret : Non, le bio ne peut pas nourrir la planète.
Je ne pense pas qu’il faille opposer agricultures conventionnelle et biologique. C’est la complémentarité qui permet de répondre aux enjeux des filières. Si le bio s’interdit de recourir à des produits issus de la chimie de synthèse, il n’en utilise pas moins des produits phytosanitaires dits naturels, comme le soufre ou le cuivre.

Nourrir la planète avec l’agriculture biologique posera un problème d’utilisation des surfaces agricoles existantes. Il faut en effet deux fois et demie plus d’hectares, en moyenne, pour produire du blé issu de l’agriculture biologique. Or, d’ici à 2050, la population mondiale va monter à 9 milliards. Soit on optimise les surfaces existantes en prenant soin de préserver les équilibres écologiques, soit il nous faudra grignoter des surfaces ailleurs.

À partir de là se poseront inévitablement des questions de compétitivité. Or l’écart de rendement entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle peut être important, sous nos latitudes, où le potentiel agronomique de l’agriculture s’exprime le mieux. Le prix des fruits et légumes bio, plus élevé, peut compenser ce différentiel de rendements, à condition de vendre toute sa production. Les agriculteurs sont parfois obligés de s’aligner sur les prix du conventionnel pour écouler leur production. Sans considérer l’ensemble des solutions de protection des cultures, il ne sera pas possible de répondre aux enjeux d’alimentation durable combinant quantité, qualité et prix abordables.

Enfin, on ne peut pas faire l’économie du bilan énergétique à l’hectare du bio. Que fait un paysan pour désherber sans produits de synthèse ? Il aura recours à des outils mécaniques qui consomment de l’énergie fossile. C’est un élément important dans la compétitivité des exploitants.

Stephan Lagorce : Oui, le bio peut nourrir la planète.
Le modèle agro-industriel est critiqué, à raison. Il a répondu à ce qu’on attendait de lui à une époque : produire beaucoup pour pas cher, quels que soient les coûts sociaux et environnementaux. Il convient de remettre en question certaines certitudes. Le principal reproche fait à l’agriculture biologique tient à sa faible productivité. C’est vrai en partie, avec des rendements inférieurs de 15 à 20 % sous les latitudes tempérées… soit pour un dixième de la population mondiale ! Par ailleurs, des études comparent des variétés usinées pour pousser avec des produits de synthèse. Les résultats sont donc biaisés. Autre idée reçue, l’agriculture biologique coûterait trop cher… C’est nier les coûts « cachés » de l’agriculture conventionnelle et le potentiel des économies d’échelle du bio dès que les volumes croîtront. En outre, cette agriculture est créatrice d’emplois. Son « coût » doit donc être revu hors de sa niche économique propre. En réalité, c’est notre modèle alimentaire occidental figé qu’il faut questionner. Composé de viande, de volaille, de poisson et de produits transformés tous les jours, il est devenu obsolète et nutritionnellement discutable. Basculer une partie de notre alimentation vers les légumes, légumineuses et céréales, privilégiant les saisons et le local, allégerait incontestablement la charge du système agro-industriel.

Enfin, le modèle capitalistique mondialisé appliqué à l’agriculture, tel qu’il existe aujourd’hui, conduit soit aux spéculations, soit aux surproductions. Dans ce modèle vertical, les agriculteurs sont impuissants ou lésés. Pourquoi, dans ces conditions, seraient-ils écologiquement vertueux ? Les circuits courts et circulaires modifieraient cette équation.

© Géraldine Meignan, lexpansion.com, 1er avril 2016

Document 2 : Le bio peut-il nourrir le monde ? (le même titre)

Les études scientifiques qui s’accumulent depuis 15 ans confirment que l’agriculture biologique prendra une importance croissante au XXIᵉ siècle.

Les rendements
De très nombreuses études ont exploré les différences de rendements entre agricultures bio et conventionnelle. Réunies dans des méta-analyses, ces travaux indiquent qu’en moyenne le bio est entre 8 et 25 % moins productif. Avec de grandes variations entre plantes. Le riz, le soja, le maïs, le trèfle bio ont des rendements inférieurs de 6 à 11 % mais les progrès dans les sélections de variétés laissent espérer une rapide égalité. En revanche, l’écart reste de 28 % pour les fruits et de 27 % pour le blé. Une autre étude globale estime même à 33 % la différence de rendement pour le soja, le tournesol et le blé. Les auteurs préviennent que ces études dépendent fortement des conditions agro-écologiques dans lesquelles elles sont effectuées d’où des différences marquées. Mais un consensus émerge sur le fait que les variétés bio sont plus résistantes en condition de sécheresse, ce qui devrait arriver plus fréquemment avec le changement climatique.

La qualité
Le bio évite bien aux consommateurs d’ingérer des pesticides. Cependant, l’impact sur la santé humaine des pesticides encore présents dans la nourriture n’est pas clairement établi, estiment les auteurs, d’autant qu’il manque des études sur les effets sur la santé des traitements phytosanitaires autorisés en bio. Une quinzaine de méta-analyses comparant les qualités nutritionnelles des produits bio et conventionnels ont été publiées depuis 2000. 12 études trouvent des différences qualitatives en faveur du bio notamment pour les teneurs en vitamine C, antioxydants, oméga 3. Mais les écarts sont faibles et ces résultats sont encore très débattus. Les 3 derniers travaux n’ont décelé aucune différence.

L’environnement
Sans surprise, l’essentiel des études montrent que le bio est plus respectueux de l’environnement que le conventionnel. Les systèmes bio génèrent des sols qui présentent des teneurs en carbone plus élevées, une meilleure qualité organique et une moindre érosion. Ils abritent une plus grande diversité de plantes et d’animaux sauvages. Mais du fait de leur plus faible productivité, le bilan en matière d’émissions n’est pas évident. Si les terres en bio présentent moins de fuites d’azote et de phosphore et d’émissions de gaz à effet de serre par hectare, ce n’est plus le cas quand on fait ce bilan par tonne de récolte produite. En revanche, les exploitations bio consomment moins d’énergie fossile et surtout favorisent les teneurs en matière organique des sols, c’est-à-dire le captage du CO₂ dans l’atmosphère.

L’équilibre économique
Les auteurs n’ont trouvé qu’une seule grande étude comparative sur les performances financières du bio et du conventionnel agrégeant la production, les coûts de production, les économies d’énergie et les primes à la vente dont bénéficie le bio. Cette analyse, couvrant 40 ans de production sur 55 cultures sur cinq continents, montre que le bio rapporte de 22 à 35 % de plus que le conventionnel quand il bénéficie d’un prix de vente supérieur que le consommateur accepte de payer. En absence de cette prime librement consentie, c’est le conventionnel qui est plus rentable de 23 à 27 %. Cette prime au bio est cependant en train de diminuer, notent les auteurs qui affirment que même avec la disparition de ce bonus, le bio continuera son expansion.

Loïc Chauveau, Sciences et Avenir, www.sciencesetavenir.fr, 11 février 2016