C1 production orale : La télémedecine

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : La télémédecine peut-elle révolutionner la médecine traditionnelle ?


II. Documents

Document 1 : Vers un médecin virtuel

Comme toute révolution, la santé connectée et la télémédecine portent leur lot d’espoirs et de craintes. Big Data, quantified self, intelligence artificielle… Autant d’avancées technologiques qui font redouter une médecine déshumanisée. Il faut entendre ces inquiétudes, y répondre en toute transparence : la télémédecine est et restera avant tout de la médecine — et ensuite, seulement, de la technologie, qui n’a de sens que si elle est au service de la relation patient-médecin.

La télémédecine vit, déjà, un moment charnière de sa courte histoire. Les produits sont là […]. Si l’année dernière fut l’année des capteurs, cette année sera, à mon avis, celle des services associés tant attendus. En télémédecine, l’ère des services se traduira par de nouvelles approches, comme l’assistant personnel de santé, un outil d’aide au diagnostic qui facilitera la vie des médecins comme des patients. Il permettra au patient de décrire une plainte ou un symptôme, en répondant à des questionnaires élaborés par des professionnels de santé, se référant, entre autres, aux recommandations de l’OMS. À partir de ses données agrégées sur une plateforme d’interprétation médicale, confrontées à une large base de connaissances médicales, le patient recevra des premières pistes d’orientation diagnostique, suivies de conseils sur les conduites à tenir. Par exemple, relever à nouveau ses constantes, appeler son médecin traitant, ou encore contacter les urgences. Un assistant personnel de santé comme Bewell Check-up endossera donc un double rôle : rassurer quand c’est utile ; alerter si c’est nécessaire. Un pilote automatique, en quelque sorte, permettant une prise en charge tenant compte des facteurs de risque individuels, et adaptée à la situation spécifique de chaque patient. Une révolution particulièrement utile dans les déserts médicaux, mais aussi pour accompagner les personnes âgées isolées, ou encore pour gérer des situations d’urgence médicale.

Rien n’interdit d’être toujours plus ambitieux. En cas d’urgence, il ne s’agira jamais de remplacer le médecin, mais de parer aux aléas : que faire si la connexion internet ou le médecin sont indisponibles ? Demain, l’assistant personnel de santé pourra « débroussailler » et identifier votre problème en l’absence du médecin. Mieux : grâce aux données agrégées et à sa fonction « d’encyclopédie médicale », il pourra donner un premier sens aux résultats que nos capteurs lui fournissent. Il nourrira le dialogue entre le patient et le médecin.

Nous sommes à l’orée d’une nouvelle conception de la relation patient-médecin. Oui, nous allons vers une sorte de « médecin virtuel ». Mais cette intelligence artificielle ne remplacera jamais le professionnel de santé. Elle sera à son service. Le paradoxe ? C’est en agrégeant de plus en plus de connaissances que les progrès technologiques contribueront à faire s’effacer la technologie derrière l’humain, et à faire disparaître le capteur derrière le médecin.

Santé connectée, vers un médecin virtuel
Éric Sebban, Libération, 16 novembre 2015

Document 2 : La France apprivoise la télémédecine

Médecins et autorités ont conscience de ces nouveaux usages numériques mais veulent en garder le contrôle.

Numérique
Téléconsultation, téléconseil, cabine connectée de diagnostic, applications pour smartphone : la révolution numérique produit des outils de prise en charge médicale inédits, que les particuliers s’approprient souvent plus vite que le système de santé. Depuis peu, soignants et autorités prennent conscience de l’intérêt qu’il y a à accompagner leur développement. Le train de la télémédecine s’ébranle doucement et personne ne veut rester à quai. Ce qui ne va pas sans poser des difficultés d’orientation.

La téléconsultation (le médecin mène la consultation à distance du patient) est un enjeu clé de cette mini-révolution, puisqu’elle s’attaque au sacro-saint passage par le cabinet médical. Une expérimentation est en cours dans 9 régions ; le bilan établi au bout d’un an par la Haute Autorité de santé devrait être rendu public par le ministère dans les semaines à venir. D’ores et déjà, les autorités ont prévu l’intégration (donc le remboursement par la Sécurité sociale) à moyen terme de la téléconsultation dans trois situations où elle s’avère pertinente : un malade âgé en Ehpad dont le déplacement est coûteux et délicat, le suivi des plaies chroniques complexes ou l’insuffisance cardiaque. Quant à l’élargir au suivi d’autres maladies chroniques, l’intérêt « n’est pas encore clair », explique-t-on au ministère de la Santé.

Un vide réglementaire
Si la réglementation stricte de la télémédecine a entravé son développement, le téléconseil médical, lui, bénéficie d’un vide réglementaire qui a favorisé les initiatives individuelles, notamment ces deux dernières années. « Mon enfant vomit, dois-je aller aux urgences ? » « Je pense souffrir d’une infection gynécologique, que faire ? » On trouve sur Internet divers sites répondant de façon personnalisée à ce type de préoccupations, sur la base de conversations téléphoniques ou vidéo, ou d’échanges écrits. Certains, comme medecindirect.fr, réservent leurs services aux adhérents d’assureurs partenaires (qui les rémunèrent au forfait). D’autres, comme pédiatre-online.fr du Dr Arnaud Pfersdorff ou mesdocteurs.com des fondateurs du site de vente en ligne monshowroom, facturent le conseil selon sa nature (à la minute, au chat) et la rapidité de réponse souhaitée.

Selon ces sociétés, les médecins en ligne distinguent clairement téléconseil (autorisé) et téléconsultation (nécessitant un agrément d’une agence régionale de santé). Mais l’ambiguïté est bien là. Si le téléconseil ne peut donner lieu à la délivrance d’une ordonnance, cela ne peut être le seul critère de définition, toute consultation ne débouchant pas sur une prescription. Le Conseil de l’ordre des médecins n’y voit pas motif à interdire le téléconseil, mais plutôt à l’encadrer. « La demande existe, on ne peut le nier. Ces plateformes peuvent répondre à un besoin de pré-régulation, c’est-à-dire des situations dont les gens savent qu’elles ne relèvent pas du 15 mais pour lesquelles ils aimeraient être aiguillés : un bouton bizarre, une fièvre enfantine… », explique le Dr Jacques Lucas, vice-président du Cnom. Mais cela nécessite une inclusion dans le parcours de soin. « Il ne faut pas laisser faire le marché. »

Pauline Fréour, lefigaro.fr, 24 octobre 2016