C1 production orale : La publicité en ville

I. Consigne : DALF C1 Production Orale
(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :
Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.
Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.
L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.
Thème de l’exposé : Vers une interdiction de la publicité en ville ?
II. Documents
Document 1 : Faut-il interdire la publicité dans l’espace public ?
Chaque jour nous recevons 1 200 à 2 200 messages publicitaires. L’espace public n’échappe pas à la règle. Affiches, panneaux roulants, écrans numériques… Même dans la rue, impossible d’y couper. Une véritable pollution visuelle que dénoncent des associations. Mais qui soulève aussi des enjeux climatiques et économiques.
« En général, la publicité est inévitable. L’espace public est le seul endroit où on pourrait y échapper. Mais elle y est actuellement imposée. » Khaled Gaiji est président de la fédération les Amis de la Terre, qui milite pour l’écologie et les droits humains. Également militant à Résistance anti publicitaire (RAP), il se spécialise dans la lutte contre la publicité. Pour lui, si les annonces sont omniprésentes dans nos foyers, il existe toujours la possibilité de ne pas allumer la télé ou la radio, ou d’installer un bloqueur de publicités. « Mais il n’y a pas de bloqueur de pub urbain. »
Son organisation se bat pour faire accepter la notion de « liberté de réception ». RAP estime que chacun devrait avoir le droit de recevoir ou non de la publicité. Alors que nous voyons chaque jour 1 200 à 2 200 messages publicitaires, selon une étude de Arnaud Pêtre, chercheur en neuromarketing à l’Université catholique de Lille. Une estimation sans doute très à la baisse puisque ces chiffres datent de… 2007 ! Et qu’à l’époque déjà, Arnaud Pêtre estimait que nous serions en réalité plus proches des 15 000 stimuli commerciaux par jour, en prenant en compte les marques, les enseignes, ou encore les placements de produits déguisés.
Une omniprésence parfois désagréable, comme le concède Thierry Sentous, conseiller municipal délégué au mobilier urbain et à la publicité. « Bien sûr que je souhaiterais réduire la place de la publicité, mais si on perd les recettes il faudra les reporter ailleurs. » Pour l’élu, Toulouse a toutefois réussi à trouver un « compromis relativement bon » entre la préservation de l’environnement urbain et la nécessité de faire rentrer de l’argent dans les caisses.
Si elles venaient à disparaître, les recettes de la pub ne constitueraient « pas vraiment un manque à gagner » pour Alice, militante à RAP Toulouse depuis quatre ans. Selon elle, les revenus publicitaires représentent 0,2 % à 0,8 % du budget municipal. « Ce n’est pas ça qui devrait nous empêcher de passer à l’action », ajoute-t-elle en prenant pour exemple Grenoble, première ville européenne à interdire l’affichage publicitaire en 2015.
Thierry Sentous n’est pas de cet avis. Les taxes et les redevances d’occupation de domaine public sont pour lui une source de revenus « significative ». Si son poids peut certes paraître « assez faible », il n’est toutefois « pas négligeable ». L’élu alerte sur un possible report des pertes sur les habitants, à travers une hausse des impôts locaux.
Sur le plan économique, Khaled Gaiji pose aussi la question de l’égalité commerciale. Selon le militant, 600 entreprises, sur les 3 millions existantes, possèdent 80 % de la publicité. Un véritable « monopole d’expression ». Il dénonce également une « oligarchie » du côté des afficheurs, puisque trois multinationales se partagent le marché : JCDecaux, Clear Channel et Exterion Media. À Toulouse, c’est bien le premier, numéro un mondial du secteur, qui dispose du monopole de l’affichage publicitaire dans l’espace public.
« C’est la loi de la jungle, le plus fort gagne. » Le président des Amis de la Terre voudrait plutôt que les lois protègent les citoyens de ces « défauts du marché ». Une concentration qui influe sur le contenu des enseignes. « Il faut laisser la place à l’information associative, culturelle et partisane », selon Alice. Thierry Sentous souligne toutefois la forte présence d’information municipale sur les panneaux de la métropole. […]
Pour Khaled Gaiji c’est loin d’être suffisant. « Tout ce qu’on nous dit c’est : consommez, consommez, consommez ! ». D’autant que la surconsommation induite par la publicité joue un rôle important dans le réchauffement climatique. […] Il soutient que le « matraquage publicitaire nous conditionne » à consommer toujours plus. Un modèle qui affecte les comportements, mais aussi le climat.
Au-delà de la promotion de produits polluants, tels que les SUV ou les fast-foods, que RAP souhaiterait faire interdire, c’est bien l’affichage en lui-même qui participerait au réchauffement climatique. En raison de leur consommation, les panneaux numériques consomment entre 6 800 et 12 600 kWh/an. Soit autant que trois familles, hors chauffage électrique, commente l’organisation.
Jeanne Biard & Aktham Olwane, Fenêtre sur rue, 11/12/2020
Document 2 : Vers la fin de la publicité numérique dans les rues et vitrines de la capitale ?
Les écrans publicitaires dans le viseur de la mairie de Paris. Depuis plusieurs années, l’Hôtel de ville fait la chasse à la publicité « sauvage » et aux enseignes lumineuses qui ne respecteraient pas les règles. Si les panneaux numériques sont interdits dans l’espace public, les régies publicitaires contournent la législation et inondent depuis un certain temps les vitrines d’écrans numériques. Une pratique qui pourrait cesser.
Ce lundi, les parlementaires examinent un projet de loi donnant plus de pouvoir aux élus locaux pour lutter contre les panneaux numériques dans les vitrines, note Le Parisien. Car la mairie a bien essayé de s’attaquer au phénomène. En vain. En octobre 2020, la mairie de Paris a verbalisé cinq régies publicitaires pour « infraction au règlement local de publicité (RLP) ». Mais les initiatives peinent à aboutir. « Nos recours n’aboutissent pas », explique au Parisien, Emmanuel Grégoire premier adjoint d’Anne Hidalgo. […]
L’exécutif parisien, allié aux écologistes qui prônaient durant la campagne des municipales une ville sans publicité, veut s’attaquer à ces écrans estimés au nombre de 3 000. « Comme l’écologie est aussi une bataille contre les excès de la consommation et pour une économie décarbonée, nous nous attaquerons à la publicité numérique », avaient insisté Anne Hidalgo et David Belliard dans une tribune commune publiée dans le JDD, en juin dernier.
« Un panneau numérique de deux mètres carrés consomme 7 000 kilowattheures (kWh) par an, ce qui est du même ordre que la consommation annuelle d’un foyer de trois personnes, comme l’indique la proposition de loi de Delphine Batho visant à interdire la publicité numérique », font savoir les écologistes parisiens qui demandent aussi régulièrement au Conseil de Paris le retrait des écrans de publicité numérique dans les stations et couloirs du métro. Et de préciser : « À la dépense énergétique inutile de ces écrans, s’ajoute le coût environnemental de leur production, la fabrication des écrans numériques participant aux destructions écologiques par la surconsommation des ressources ».
D’autres communes ont récemment déclaré la guerre aux écrans dans la rue. Il y a quelques jours, Bruno Bernard, le président écologiste de la métropole de Lyon a indiqué vouloir interdire les écrans de publicité numérique « énergivores » dans l’espace public. Il a précisé qu’il allait résilier les contrats de mobilier urbain passés avec des afficheurs afin de limiter la surface des panneaux publicitaires. « Sur ces grands panneaux, on ne trouve jamais de publicité pour le commerce local que l’on souhaite développer et aider », a-t-il expliqué à Villeurbanne au pied d’un panneau publicitaire de 8 mètres carrés destiné à être démonté dans les jours à venir.
Romain Lescurieux, 20 minutes, 29/03/2021