C1 production orale : La mondialisation

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : Le phénomène de la mondialisation rend-il les gens plus heureux ?


II. Documents

Document 1 : La mondialisation heureuse

L’enthousiasme pour les JO rappelle celui dont l’Europe conquérante fit preuve au XIXᵉ siècle.

La mondialisation n’est pas toujours malheureuse. Avec les Jeux olympiques et la découverte de sports exotiques aux règles insolites, la confrontation à armes égales d’athlètes originaires de 206 nations, les plus riches comme les plus pauvres, la mondialisation a présenté durant deux semaines, à Rio, un visage joyeux et apaisé qui nous change de celui de la montée des inégalités, des délocalisations et des ravages écologiques auquel elle est généralement associée. Sans vouloir jouer les mauvais esprits, mais un peu quand même, il est amusant d’observer que la mondialisation sportive, qui soulève tant l’enthousiasme populaire, possède très exactement les mêmes ressorts « ultralibéraux » – une concurrence libre et totale, une obsession de la compétitivité et une soif d’argent (d’or et de bronze) – que la mondialisation économique, qui, elle, ne connaît pourtant guère que des détracteurs.

Le dernier numéro passionnant du magazine L’Histoire, « XIXᵉ siècle, le monde est à nous ! » nous apprend d’ailleurs à ce propos que c’est aussi à Pierre de Coubertin qu’on doit l’invention du terme même de « mondialisation ». L’historien Vincent Capdepuy en a retrouvé pour la première fois la présence en conclusion d’une tribune publiée par le fondateur des JO modernes dans Le Figaro du 3 décembre 1904. « L’essentiel est que la propagande nationale se mette au diapason des conditions nouvelles instaurées, si l’on peut user d’un pareil langage, par la “mondialisation” de toutes choses. » Le mot sera ensuite repris en 1916 dans un texte du juriste belge Paul Otlet avant de connaître, à la fin des années 70, le succès que l’on sait et de faire son entrée dans le Robert et le Larousse en 1980.

Ce qui frappe le plus, à la lecture du dossier de L’Histoire, c’est de constater avec quel entrain et quel enthousiasme la mondialisation a été vécue au XIXᵉ siècle dans une Europe alors résolument ouverte, conquérante, inventive et audacieuse. À qui non seulement le monde extérieur ne faisait pas peur, mais qui au contraire l’y faisait rêver. Et bouger, qu’il s’agisse bien sûr des grands explorateurs (Dumont d’Urville en Antarctique, Livingston dans le sud de l’Afrique), des premiers voyagistes (Thomas Cook), mais aussi des millions de citoyens anonymes. Le contraste est saisissant entre une Europe aujourd’hui effrayée à l’idée d’accueillir sur son sol 1 million de réfugiés et celle qui, entre 1850 et 1910, vit émigrer 55 millions de ses habitants.

Comme le souligne le grand historien américain Kenneth Pomeranz, c’est au XIXᵉ siècle que les migrations libres de longue distance supplantèrent les migrations contraintes et ce, grâce à l’effondrement des coûts de transport, qui favorisèrent par ailleurs l’explosion du commerce mondial. Entre 1800 et 1910, le coût des transports transatlantiques diminua de 60 %, celui des transports terrestres de 90 %. On comptait 35 000 kilomètres de voies ferrées dans le monde en 1850, plus de 1 million en 1914.

Pierre-Antoine Delhommais, Le Point, 25 août 2016.

Document 2 : Peut-on rendre la mondialisation acceptable ?

Comment relancer le commerce international, principal moteur de la croissance et répondre aux opposants de plus en plus nombreux à la mondialisation. C’est la question qu’aborderont les ministres européens du commerce demain à Bratislava. L’enjeu : trouver le bon équilibre entre libre-échange et partage équitable de la prospérité.

Principal moteur de la croissance, le commerce international connaît des ratés alors que les opposants au libre-échange ne désarment pas. Comment rendre la mondialisation plus acceptable ? La question reste à trancher.

« Un autre monde est possible. » Le slogan, emprunté au poète Paul Éluard, a fleuri lors des manifestations de Seattle, à l’occasion d’un sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en novembre 1999. Il est devenu depuis la formule de ralliement d’une mouvance « altermondialiste » qui conteste la mondialisation « telle qu’elle est » pour lui substituer une version « plus équitable, plus durable, plus humaine ». Et plus de quinze ans après, ses militants ne désarment pas. En Allemagne, le week-end dernier, en Belgique ce mardi, ils étaient des dizaines de milliers à défiler pour dénoncer le projet de traité de libre-échange transatlantique (TTIP en anglais) actuellement discuté entre l’Union européenne et les États-Unis et s’opposer au Ceta, autre accord commercial passé avec le Canada qui doit être signé cet automne pour être ratifié par les États membres.

Le message de ces manifestants ? Sous couvert de créer une vaste zone de libre-échange censée apporter la prospérité, ces accords vont en réalité abaisser les normes sociales, sanitaires, environnementales.

Les Européens sont divisés. La chancelière allemande voudrait achever les négociations avant la fin de l’année. D’autres pays européens, comme l’Autriche mais surtout la France, sont opposés au traité. Paris veut demander la suspension des négociations sur le TTIP lors de la rencontre des ministres européens du commerce demain à Bratislava. Une demande qui a peu de chance d’aboutir, dans la mesure où, pour la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, ces traités devraient faciliter l’exportation des produits des PME. Ce serait même « une réponse à la crise économique », dit-elle, là où d’autres, de plus en plus nombreux, réfléchissent à une autre forme de mondialisation.

La mondialisation est-elle menacée ? La question a paru suffisamment sérieuse pour que les dirigeants des vingt principales économies du monde, le G20, réunis à Hangzhou (Chine) début septembre, réaffirment que le libre-échange restait le meilleur moyen de relancer une économie enkystée dans une stagnation délétère.
« La croissance mondiale tombera cette année à 2,9 %, le rythme le plus faible depuis la crise financière », avertit l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans ses dernières prévisions.

La raison de cette atonie ? « Le commerce, principal moteur de ces deux dernières décennies, montre des signes de faiblesse », souligne Michel Aglietta, chercheur au Cepii, centre de recherches sur l’économie internationale.

Antoine d’Abbundo, La Croix, 22 septembre 2016.