C1 production orale : La consommation

I. Consigne : DALF C1 Production Orale

(60 minutes de préparation; 8-10 minutes de présentation, 15-20 minutes de débat) :

Le candidat tire au sort deux sujets. Il en choisit un. Ensuite, il dispose d’une heure de préparation. Il doit présenter une réflexion ordonnée à partir du thème indiqué et des documents qui constituent le sujet (8 à 10 minutes). Son exposé sera suivi d’un débat avec le jury (15 à 20 minutes). Lors de la passation, les deux parties s’enchaînent, mais vous signalerez au candidat le passage d’une tâche à l’autre.

Attention : Les documents sont une source documentaire pour votre exposé. Vous devez pouvoir en exploiter le contenu en y puisant des pistes de réflexion, des informations et des exemples, mais vous devez également introduire des commentaires, des idées et des exemples qui vous soient propres afin de construire une véritable réflexion personnelle. En aucun cas vous ne devez vous limiter à un simple compte rendu des documents.

L’usage de dictionnaires monolingues français / français est autorisé.

Thème de l’exposé : Doit-on repenser notre rapport au monde et à la société de consommation ?


II. Documents

Document 1 : Éloge de la simplicité volontaire

J’ai donné mon téléviseur. Je ne regarde plus les unes de presse et les journaux télévisés. Il s’en dégage trop de violence, trop de clinquant. Je vais au théâtre et au cinéma. Je lis des romans, de la philosophie et de la poésie. J’imite le promeneur solitaire de Rousseau. Je marche dans les bois ou au bord d’une rivière et je médite. J’emprunte le langage des oiseaux, des arbres, de l’eau et des insectes. Je me reconnecte avec la nature. Je rêvasse. Je vais parfois au café. Je prends mon temps. Je regarde les gens courir. Ils sont pressés et stressés. Ça klaxonne. Des enfants, comme des agnelets, attachés les uns aux autres par une corde, sortent d’une garderie. On leur apprend déjà la discipline. On les éduque. Bientôt, ils deviendront grands. Ils feront des études. Ils travailleront. Ils riront et ils pleureront puis, un jour, ils mourront riches ou pauvres, seuls ou en famille, avec un peu d’amour et un peu de vie.

J’ai ri du destin de l’homme. Quelle comédie ! Il travaille durant les meilleures années de sa vie avant de prendre sa retraite et d’attendre, usé et déprimé, sur une chaise à bascule, le wagon de la mort. La plus grande partie de son temps est dévorée par le boulot, le transport, le téléphone, les malentendus et les leurres d’Internet.

Une vieille dame m’a dit un soir, alors que j’étais stressé par un projet professionnel et plusieurs engagements que j’avais du mal à honorer : « Si la vie te frappe, ne lui rends pas les coups. » Sa phrase, formulée comme une boutade, m’a beaucoup amusé. Je lui ai répondu avec dérision : « Entendu, je lui offre davantage mon dos ! » Elle m’a répliqué avec une grimace en coin : « Oui, laisse la vie te frapper… jusqu’à épuisement. » « Faut-il aimer la vie malgré les échecs, l’ennui et le mal ? » « Absolument. Nous sommes les invités de la Terre et nous devons l’aimer. La vie, c’est sacré, on l’aime ou on la quitte ! »

J’ai décidé depuis de ne plus empêcher le déroulement naturel des événements.
Cet échange ne m’a pas seulement fait rire, mais il m’a surtout fait réfléchir. Il m’a appris le véritable sens du lâcher-prise. J’ai décidé depuis de ne plus empêcher le déroulement naturel des événements. Non seulement c’est illusoire, mais c’est aussi contre-productif. Le naufragé, pour s’en sortir, ne doit pas résister au courant ; il doit, au contraire, en suivre le sens jusqu’à ce qu’il soit rejeté sur la rive.

J’ai appris aussi à ne plus pester contre le climat. Lorsque je tire le rideau et que je découvre la neige, le verglas, la grisaille ou la pluie, ou peu importe, je les accepte avec le sourire. Un peu comme le footballeur qui bloque le ballon : pour l’amortir, il doit suivre son mouvement, car s’il l’accueille brusquement, il risque de se blesser, du moins servir l’équipe adverse.

Plus nous sommes légers, plus nous sommes heureux.
Un jour, ma mère m’a fait remarquer que j’avais beaucoup d’objets inutiles dans mon appartement. Elle m’a dit que le stress est proportionnel aux futilités que nous traînons avec nous. Plus nous sommes légers, plus nous sommes heureux.

C’est elle qui m’a appris à vivre dans la simplicité volontaire. Je me suis débarrassé des choses encombrantes. Je ne suis pas exigeant : mes vêtements sont sans marque, je n’achète ni produits de beauté ni objets de luxe. Je suis devenu minimaliste, heureux comme un têtard dans un ruisseau.

Huffpost, Karim Akouche, 17/09/2017.

Document 2 : Vers la sobriété heureuse

Pierre Rabhi a vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’on largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses.

Après avoir dans son enfance assisté en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d’une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l’usine, l’homme s’aliéner au travail, à l’argent, invité à accepter une forme d’anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible. L’économie ? Ce n’est plus depuis longtemps qu’une pseudoéconomie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l’humanité en déployant une vision à long terme, s’est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d’élever la prédation au rang de science. Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu ; elle n’est plus qu’un gisement de ressources à exploiter – et à épuiser.

Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s’est imposée à Pierre Rabhi une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé « mondialisation ». Ainsi pourrons-nous remettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.

Actes sud (Babel NE).