C1 production écrite : L’infox

I. Épreuves
Épreuve n°1 : Synthèse de documents
Vous ferez une synthèse des documents proposés, en 220 mots environ (+/- 20 mots). Pour cela, vous dégagerez les idées et les informations essentielles qu’ils contiennent, vous les regrouperez et les classerez en fonction du thème commun à tous ces documents, et vous les présenterez avec vos propres mots, sous forme d’un nouveau texte suivi et cohérent.
Attention :
- vous devez rédiger un texte unique en suivant un ordre qui vous est propre, et non mettre deux résumés bout à bout ;
- vous ne devez pas introduire d’autres idées ou informations que celles qui se trouvent dans les documents, ni faire de commentaires personnels ;
- vous pouvez bien entendu réutiliser les mots-clés des documents, mais non des phrases ou des passages entiers ;
- le respect de la consigne de longueur fait partie intégrante de l’exercice.
Dans le cas de non respect, on appliquera une correction négative : 1 point de moins par tranche de 20 mots en plus ou en moins.
Règle de décompte des mots : est considéré comme mot tout ensemble de signes placés entre deux espaces. «c’est-à-dire » = 1 mot; «un bon sujet
Épreuve n°2 : Essai argumenté
Vous êtes membre d’un forum sur la santé et vous y avez remarqué de nombreux messages qui diffusent des fausses informations. Vous écrivez un courrier électronique au responsable pour l’alerter. Vous insistez sur la gravité du problème en exposant notamment les conséquences que cette désinformation pourrait entraîner sur la santé. 250 mots minimum
II. Exemple de production écrite
Synthèse
Deux articles parus dans « Le Figaro Santé » et « Ouest-France » abordent la montée des fausses informations sur Internet ainsi que ses conséquences, tout en proposant une kyrielle de solutions potentielles pour mieux lutter contre ce phénomène.
Les fausses informations, ou l’infox, sont un type de désinformation alarmiste faisant semblant d’être du journalisme légitime dans le but de se répandre aussi loin et rapidement que possible. En outre, elles sont alimentées par à la fois des algorithmes des réseaux sociaux, qui promeuvent le contenu viral, et des biais humains qui cherchent des réponses aux peurs et attentes.
Un tel phénomène est tout sauf bénin. En effet, l’infox a imprégné la vie quotidienne moderne, en confondant le sens et la compréhension de la vérité dans la société. Plutôt que de suivre les conseils des experts et scientifiques, l’infox incite les personnes à croire des charlatans qui mettent ces individus en danger, surtout dans le cadre médical.
Des experts mettent pourtant en œuvre de plus en plus de solutions pour lutter contre cette désinformation. D’une part, le système éducatif commence à enseigner aux écoliers à savoir différencier entre les faits et l’infox à l’école. D’autre part, des organisations de presse, en partenariat avec des experts, développent des ressources pour aider les internautes à identifier des fausses informations. Finalement, les réseaux sociaux jouent également un rôle pour guerroyer contre l’infox en les surveillant et les supprimant sur leurs sites.
(mots = 239)
Essai Argumenté
Fausses informations : un fléau pour notre forum
En tant que membre et participant actif sur votre forum animé, « France Santé », je me permets de vous écrire à propos du taux toujours croissant, et voire angoissant, de fausses informations sur votre site. En effet, de tel infox présente une menace à notre forum bien-aimé, au bien-être et à la santé de nos co-internautes, et plus généralement à notre société elle-même.
En premiers lieu, je vous dresse un tableau de la situation dérisoire qui ne cesse de dégénérer ces derniers temps. Voici un an, à partir de la crise sanitaire en février et mars 2020, j’ai commencé à remarquer de plus en plus de messages sur « France Santé » promouvant d’une manière flagrante l’infox. Au début, de tels messages ont semblé anodins, soulevant des questions importantes concernant la source du Covid-19. Je les ai interprétés comme des plaisanteries. Pourtant, de tels messages sont devenus de plus en plus inquiétants et répandus sur le forum, provoquant des conséquences réelles.
En effet, je voyais des messages à foison suggérant que le COVID-19 était une maladie conçue par une cabale avec notre Président Macron et Bill Gates à la tête pour réduire la taille de la population. Plus tard pendant la crise sanitaire, ces membres de notre forum soutenaient que le vaccin permettrait à cette cabale de contrôler nos cerveaux et de changer notre ADN, essayant ainsi de nous dissuader de recevoir le vaccin et de suivre les conseils du gouvernement.
En conséquence de ces postes dénonçant le vaccin, j’estime que beaucoup de nos membres ne l’ont jamais reçu. Qui plus est, il y a une multitude de messages qui insinuent que nos membres ont également dissuadé leurs proches de recevoir le vaccin tout en les encourageant à ignorer les initiatives du gouvernement visant à maintenir une distance sociale et à porter le masque. Monsieur, il est tout à fait possible que des personnes soient mortes à présent en raison de l’infox répanduu sans cesse sur notre forum !
Tout cela pour dire que ce redoutable problème est tout sauf bénin. Les fausses informations qui ont imprégné notre forum sont insidieuses, pernicieuses, et doivent être éradiquées. D’une part, ce forum a joué un rôle important dans ma vie, surtout pendant que je luttais contre une maladie rare cardiovasculaire il y a plusieurs années, et je souhaiterais voir le site continuer à fonctionner et bénéficier à des individus comme moi. Je suggère que vous augmentiez la quantité de surveillance sur le site pour sévir contre toutes les formes d’infox. En outre, vous pourriez aussi étiqueter tous ces messages « infox » ou aller plus loin en supprimant de tels posts. D’autre part, il se peut qu’il soit trop tard pour sauver le forum. Il est truffé de fausses informations qui nient l’existence du COVID-19 tout en propageant des théories conspirationnistes et la seule solution logique restante est d’effacer le site et recommencer de nouveau.
En tout cas, je vous implore d’agir contre l’infox sur le forum, et ce rapidement et avec force. Les informations fausses sont un fléau pour notre forum et notre société.
Cordialement,
Bernard de Béton
(Nombre de mots en comptant le titre = 446)
III. Documents
Document 1 : Les « fake news » peuvent-elles menacer votre santé ?
Les « fake news », que la commission d’enrichissement de la langue propose de renommer « infox » en bon français, font l’objet d’un projet de loi en discussion à l’Assemblée. Mais au-delà du seul domaine politique, ces fausses nouvelles contaminent notre vie quotidienne, en particulier la santé où, à force de brouiller les pistes entre fausses peurs et vrais risques, elles peuvent avoir de graves conséquences.
En anglais, le terme ne désigne pas un article faux, au sens d’inexact, mais plutôt un faux article, une publication qui se fait passer pour un article de presse sans en être un. C’est le moyen préféré des pros de l’intox pour générer des revenus publicitaires, et plus la « fake news » est grossière et alarmiste, plus elle est lue, partagée et rémunératrice. Le site Santéplüsmag s’est ainsi fait une spécialité de ces fausses informations suffisamment racoleuses pour doper l’audience. […]
Les faussaires ont trouvé l’outil idéal de diffusion massive. Conçues pour capter notre attention, des plateformes comme Google, Facebook et Twitter se nourrissent de ces contenus en « prêt à partager » pour créer des communautés en rassemblant des personnes qui ne se reconnaissent plus dans le système. Dans la santé, profitant du climat de défiance qui s’est installé entre le public et le corps médical, de véritables prédateurs manipulent ainsi les plus vulnérables. D’après l’INCa (Institut national du cancer), 60 % des personnes traitées pour un cancer prennent des remèdes naturels en plus de leurs traitements. Et les 10 millions de malades chroniques, qui supportent mal des traitements contraignants à vie, sont des proies de choix pour des recettes alternatives et autres médecines parallèles.
Endiguer ces réseaux dans un système libre et ouvert par définition est illusoire. L’information n’est plus l’apanage des journalistes professionnels. Aujourd’hui, n’importe qui peut produire le contenu qu’il veut et s’arranger pour le faire référencer en tête des moteurs de recherche, loin devant les sites vitrines institutionnels que les internautes ne croiseront jamais en naviguant sur Internet. C’est aux experts et aux autorités sanitaires de s’approprier davantage les outils numériques pour contrer la désinformation en répondant réellement aux peurs et attentes du public. […]
Nous pouvons tous être manipulés, et les plus éduqués n’échappent pas aux « fake news », au point d’être souvent les premiers à relayer les discours de défiance envers la science. Prenant systématiquement le contre-pied du système, ils soutiennent les lanceurs d’alerte contre les institutions, se mobilisent contre les recommandations sanitaires au nom de leur liberté individuelle en refusant par exemple de se faire vacciner, contestant toute vérité scientifique par relativisme de principe quitte à confondre corrélation et causalité, comme dans le cas du vaccin hépatite B accusé de causer la maladie malgré toutes les études démontrant le contraire. Et de la dérive thérapeutique à la dérive sectaire… sur les 3 000 signalements de dérives sectaires enregistrés chaque année par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), 40 % ont un lien direct avec la santé !
La désinformation a toujours existé ; elle prospère d’autant plus que l’information est un objet de consommation prêt à jeter. La résistance à l’intox exige un effort citoyen pour apprendre à retrouver l’esprit critique à travers la rhétorique et la dialectique. Il est urgent de réhabiliter dès le plus jeune âge l’éducation à ces matières, plus que jamais d’actualité dans cette nouvelle agora qu’est devenu le Web.
Caroline Faillet, Le Figaro Santé, 03/12/2018
Document 2 : Les fausses informations, un poison viral
[…] « Les producteurs de fausses informations en santé savent jouer sur les codes afin d’envahir les réseaux sociaux, explique Priscille Rivière, responsable communication de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Une blouse blanche, quelques noms en latin, une étude en anglais à brandir comme preuve, une musique entêtante et angoissante, et voilà de quoi faire croire n’importe quoi. »
Les équipes de l’institut travaillent justement à contrer ces formats fabriqués pour tromper. Depuis 2018, avec leur chaîne Canal Détox sur YouTube, ils démêlent avec pédagogie le vrai du faux. En tête des sujets infectés, la vaccination, l’alimentation ou encore les médecines alternatives. Le dernier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires faisait ainsi état de 3 000 médecins aux pratiques thérapeutiques dangereuses.
Parce que l’être humain a, aussi, horreur du vide, quand le sens et les explications n’arrivent pas assez vite, « l’émotion prend le dessus sur la raison et cela dans toutes les catégories socio-professionnelles et quel que soit le niveau d’éducation », renchérit Priscille Rivière. L’incertitude et les zones de gris, propres au temps de la recherche médicale, angoissent. Alors quand on cherche à combler le doute, Internet offre rapidement de quoi nourrir cette faim du pourquoi. Et ce, grâce aux algorithmes, très actifs sur la sphère du fake. « Les neurosciences l’ont montré, nos cerveaux sont aux prises avec le biais de confirmation. Quand on veut une réponse, on a tendance à chercher celle qui va conforter notre intuition, notre peur. » Et c’est particulièrement vrai sur les réseaux où l’effet de communauté est puissant, comme Facebook, Instagram et Twitter. Ces réseaux ont d’ailleurs renforcé leurs politiques existantes, qui consistent à retirer les contenus pouvant nuire physiquement au public, dès publiés pour des faux remèdes dangereux, par exemple, et à mettre en avant les messages fiables (comme ceux de l’OMS).
Quand le besoin d’infos presse, les professionnels de santé le répètent, les sources sûres à consulter en priorité sont celles du site du ministère de la Santé, ou encore le numéro vert gratuit. Les pages de l’OMS, de Santé publique France, de l’Inserm sont également utiles.
Des réseaux ont aussi décidé de faire le ménage sur leur plateforme. Il y a quelques mois, l’OMS a salué l’initiative du réseau Pinterest qui a programmé son moteur de recherche sur le sujet des vaccins afin de renvoyer systématiquement les internautes vers des sites officiels et utiles.
Valérie Parlan, Ouest-France, 02/03/2020