C1 production écrite : Les reconversions

I. Épreuves
Synthèse : Faites une synthèse des documents proposés. 200 à 240 mots.
Essai Argumenté : Vous avez lu dans un magazine un article sur les reconversions des travailleurs intellectuels dans l’artisanat. Selon son auteur, il s’agit d’une mode ridicule qui devrait passer rapidement. Vous écrivez au courrier des lecteurs pour exprimer votre point de vue. 250 mots minimum
II. Documents
Document 1 : Quête de sens au travail, faut-il forcément se reconvertir ?
La question du sens au travail s’impose comme un thème d’actualité, plus encore dans le contexte de cette crise sanitaire dans laquelle de nombreux actifs s’interrogent sur la suite de leur vie professionnelle. Laurent Polet, Professeur en management à l’École Centrale Supélec, et cofondateur de Primaveras, spécialisé dans l’accompagnement à la reconversion, témoigne de son expertise et apporte des repères pour aborder sa démarche de quête de sens.
Pouvez-vous définir le sens au travail ?
Il n’existe pas de véritable définition, mais on peut distinguer 2 niveaux. D’une part, le niveau des organisations qui s’intéressent à cette question sous l’angle du bien-être ou de l’ambiance, en termes d’environnement ou de modes de travail, mais aussi plus récemment sous l’angle de l’impact de leurs activités, notamment en réponse aux enjeux écologiques.
D’autre part, il y a le niveau des individus pour lesquels la question relève d’une sensibilité très personnelle, faite de valeurs, d’équilibre avec la vie personnelle. Et dans mes interventions, j’explique qu’il est illusoire de chercher une organisation qui proposerait une sorte de cadre ou de réponse idéale au sens du travail, car la quête de sens restera une démarche individuelle que doit mener chacun dans sa vie.
Comment percevez-vous cette question de la quête de sens au niveau individuel ?
Elle concerne l’exemple des personnes dont le statut social qui sont en souffrance. Elles nous démontrent qu’exercer un métier pour une cause ne suffit pas à se sentir bien dans son travail. La philosophie de Primaveras repose sur le constat que la quête de sens au travail est complexe et qu’elle ne peut être résolue que si l’individu en a tiré distinctement sur ses orientations professionnelles. Ainsi, les métiers de la transition sociale et climatique attirent légitimement de plus en plus car les gens se rendent compte qu’ils veulent contribuer directement à ces défis. Mais cela exige pour ces projets professionnels de définir précisément dans quel contexte ils seront déployés et d’être capables de répondre à des questions telles que : avec quel environnement je veux interagir, quelles compétences je veux mobiliser, quelle culture d’entreprise me convient…
Pensez-vous que ce soit un problème de « riche » ?
Ceux qui exercent des métiers ingrats ou éprouvants pourraient considérer que c’est un caprice. Mais je pense que le sujet concerne tout le monde, il devient un marqueur des mutations de notre monde du travail, et concerne également les questions de respect de la personne comme des conditions de travail décentes.
Pour les cadres, nous savons que la pression des résultats, les rythmes de travail intenses, ou le poids des process sont une réalité. Aussi, quand ces derniers ne comprennent plus leur utilité dans leur quotidien, se poser la question du sens de son travail n’est pas un luxe, mais devient vraiment une nécessité. Personnellement, je pense que c’est aussi un enjeu pour notre société.
La reconversion est-elle donc une réponse possible ?
Quand elle signifie de tout plaquer sur un coup de tête, elle présente un risque. La reconversion n’est pas une fin en soi. Ce qui compte c’est de se poser les bonnes questions, d’être clair sur ce qu’on veut vraiment, pour prendre des décisions qui seront durables. Il est possible que la décision soit d’opérer une mobilité interne ou un repositionnement dans sa recherche d’emploi, sans faire le grand saut de la bifurcation radicale. Il serait donc dommage de changer de métier pour constater après un an qu’on s’est trompé !
Ce qui est certain, c’est que les études supérieures ne nous préparent pas à faire cette démarche, elles peuvent même nous enfermer dans une voie toute tracée par les diplômes. […]
Nouvelle vie professionnelle, 16/03/2021
Document 2 : En quête de sens, des jeunes diplômés français plaquent tout pour devenir artisan
Encore quelques coups de lime et l’épaisse planche à cuisiner en bois massif sera fin prête : dans son petit atelier parisien, Morgane Ricada ne regrette en rien son ancien emploi « superficiel » de chargée de communication. Devenue ébéniste, la jeune femme aux lunettes marrons à écailles s’active, entourée de ses créations, pour honorer ses nombreuses commandes. Sur les étagères s’amoncellent pêle-mêle ustensiles de cuisine, plateaux et objets de décoration. Un décor bien différent de son ancien bureau quitté fin 2014.
« Avant, mon métier c’était principalement des mails et des coups de téléphone. Je rencontrais des gens mais c’était quand même très superficiel. Je me disais parfois « c’est très bien comme métier, mais ça m’apporte quoi personnellement ? » Aujourd’hui, je me sens à ma place », analyse la créatrice de 30 ans originaire de l’Aisne, dans le nord-est de la France. Une analyse partagée par un nombre croissant de jeunes Français. […]
« Ce n’est pas facile tous les jours et je n’ai pas envie de renvoyer cette image qu’il faut lâcher son job et se lancer à corps perdu dans une activité sans se poser les bonnes questions, mais moi je ne regrette pas du tout mon choix. »
Ces reconversions parfois radicales font régulièrement la Une des magazines. De plus en plus de jeunes diplômés n’hésitent plus à renoncer à une carrière toute tracée pour un métier manuel moins bien payé mais plus épanouissant. Selon une étude de l’Institut supérieur des métiers parue en 2013, 26 % des nouveaux chefs d’entreprises artisanales étaient diplômés du supérieur en 2010, contre 15 % en 2006.
« Les métiers sont devenus très spécialisés, la division du travail est de plus en plus poussée et beaucoup de gens ont l’impression qu’ils ne servent à rien », analyse Jean-Laurent Cassely, auteur d’un essai consacré au phénomène. Dans La révolte des premiers de la classe paru en mai dernier, le journaliste dissèque les évolutions d’un monde du travail chahuté par « une transformation numérique très rapide de l’économie », où de « plus en plus de gens se retrouvent derrière un ordinateur à gérer des projets virtuels ». Par contraste, dans les métiers de l’artisanat « on voit immédiatement ce qui sort de son travail ».
Dans un pays où rester dans la même entreprise toute sa carrière a longtemps été perçu comme une réussite, les mentalités évoluent. Ainsi, 85 % des Français jugent qu’il est bon de changer de métier, selon un sondage Odoxa réalisé en juin. […]
La Croix, 16/03/2018