C1 production écrite : Le bien-être au bureau

I. Épreuves
Synthèse : Faites une synthèse des documents proposés. 200 à 240 mots.
Essai Argumenté : Suite à la parution d’un article dans ses colonnes, un magazine de sciences humaines ouvre un forum à destination de ses lecteurs dont le thème concerne le bien-être en entreprise. Il souhaite connaître votre opinion sur l’affirmation suivante : « Le bonheur au travail n’est pas forcément que du positif, mais c’est avoir les moyens d’affronter les difficultés ». Vous donnerez votre point de vue argumenté dans un texte comportant au minimum 250 mots.
II. Documents
Document 1 : Souriez ! Vous êtes au travail
De nouvelles fonctions nées aux États-Unis ou au Japon sont créées en France : « manager du bonheur » chez Allo Resto, ou Intuiti, des animateurs d’équipes chez Chrono Flex à Saint-Herblain ou Toyota à Valenciennes. Une université du bonheur au travail a même été créée pour former des « passeurs de bonheur ». Le bonheur au travail est-il un nouveau paradigme ou une simple injonction ?
Coïncidence ? Dans le même temps, la souffrance au travail touche de plus en plus de salariés, les manageurs font état d’une montée des tensions des salariés tenus d’être de plus en plus productifs. Le bonheur au travail serait-il la parade au stress, aux risques psychosociaux ? […] « Ce n’est pas en travaillant 15 heures par jour, en mangeant ou en faisant du sport ensemble, que l’on peut être heureux. Cela me semble très hypocrite. On sait bien que les relations professionnelles ne sont pas des liens amicaux », explique Martine Keryer. La secrétaire nationale de la CFE-CGC et médecin du travail reproche aux politiques de bonheur au travail de ne pas s’intéresser à la prévention primaire, c’est-à-dire aux causes du stress et aux raisons pour lesquelles l’organisation dysfonctionne.
Le principal danger, selon elle, est l’hyper-investissement. Dans les entreprises qui mettent en avant leur côté convivial, la contrepartie attendue est souvent un fort investissement à la fois émotionnel et en temps de présence. « J’en ai rencontré des salariés qui se consacrent et s’acharnent au travail, avec la promesse d’être heureux, mais face à un retournement de situation ou à une déception, ils s’effondrent, font un burn-out et se rendent compte qu’à côté, ils n’ont rien eu le temps de construire », témoigne-t-elle.
Daniel Cossard, fondateur de Relais Managers, cabinet de conseil en management et co-auteur de Et si on se remettait au travail ?, note aussi, de son côté, que l’empilement de démarches, formations, concepts pour améliorer la performance et le bonheur au travail, ne produit pas le résultat escompté. « À la responsabilité de bien faire son travail, d’être autonome, se rajoute celle d’afficher que tout va bien, que l’on positive. Cela crée deux problèmes. D’une part, beaucoup de personnes terminent leur journée plus fatiguées d’avoir dû maintenir un masque de la bienséance que par le travail qu’elles ont dû réaliser. D’autre part, tout le monde n’occupe pas un poste où il pourra s’épanouir. »
Pour Cécile Martin, directrice de la modernisation au sein d’une collectivité territoriale, s’intéresser au bonheur est possible en engageant une démarche de bien-être. « Le bonheur au travail […] passe par un changement culturel, de l’innovation managériale, de l’écoute, de l’empathie. Il s’agit de donner les clés aux salariés pour leur permettre d’éprouver leur propre bonheur au travail, de les accompagner dans leur développement professionnel et personnel. »
Selon elle, le bonheur au travail n’est pas forcément que du positif, mais c’est avoir les moyens d’affronter les difficultés. Le bonheur ne se prescrit pas.
Gaëlle Picut, Le Monde, 9 novembre 2016.
Document 2 : Grenoble EM joue le développement personnel de ses élèves
« Connais-toi toi-même… » Bien qu’elle n’enseigne pas la philosophie, Grenoble École de management (GEM) pourrait reprendre à son compte la maxime socratique. Voilà en effet une quinzaine d’années que l’établissement s’intéresse au développement personnel, allant jusqu’à en faire, il y a deux ans, l’un des quatre piliers de son modèle pédagogique, fondé par ailleurs sur la « posture active » des élèves, les projets en groupe et la gestion des imprévus. Tout au long de l’année, GEM propose ainsi conférences et ateliers, souvent facultatifs, sur une quinzaine de thématiques : intelligence émotionnelle, prise de parole en public, confiance en soi… Parmi les nouveautés de 2016-2017, des séances de « yoga du rire » seront l’occasion de lâcher prise et d’évacuer son stress, avant d’identifier les causes de celui-ci lors du débriefing.
En effet, le principe commun aux ateliers est d’amener les étudiants à prendre du recul sur eux-mêmes grâce à la technique de l’écoute active. « En me mettant à la place de celui qui parle, j’ai ressenti la satisfaction d’être pris en considération, ainsi que l’apaisement de voir mon idée comprise par l’autre. À l’inverse, j’ai mesuré l’effort de concentration nécessaire à une véritable écoute », témoigne Sébastien Cornuau, 21 ans, qui a ensuite appliqué cette méthode avec ses camarades dans un projet collectif. « Apprendre à communiquer est essentiel pour bien travailler en groupe, estime-t-il. Non seulement à l’école, mais surtout plus tard, dans le monde professionnel. »
Plus largement, c’est la capacité d’adaptation que GEM souhaite développer chez ses étudiants. « Les entreprises attendent des jeunes qu’ils soient prêts à passer d’une mission à l’autre, tout en contribuant à des projets transversaux », constate Armelle Godener, directrice de la pédagogie. D’où la nécessité, selon elle, « d’être à l’affût des opportunités et de développer des compétences dont on sent qu’elles pourraient manquer bientôt. Cela impose de s’interroger pour savoir ce que l’on fait bien ou pas ».
Dans cette perspective, des ateliers de théâtre visent à faire prendre conscience aux étudiants de l’image qu’ils renvoient, à travers leur posture, leur gestuelle, leur souffle. « J’ai acquis certains réflexes en situation professionnelle, atteste Johanna Mirgon, en troisième année. Aujourd’hui, je pense à la manière de me tenir et de placer mes mains. Et le travail d’improvisation nous apprend à mieux réagir face, par exemple, à son supérieur hiérarchique. » […]
Sophie Blitman, Le Monde, 19 novembre 2016.