C1 production écrite : L’anonymat sur Internet

I. Épreuves

Synthèse : Faites une synthèse des documents proposés. 200 à 240 mots.

Essai Argumenté : Vous êtes membre d’un forum sur Internet et le modérateur a publié le message suivant : « Face à l’augmentation inquiétante des cas de harcèlement, j’envisage de mettre fin à l’anonymat dans notre forum. Qu’en pensez-vous ? » Vous contribuez au débat en exposant votre opinion personnelle illustrée d’exemples, dans un texte clair et bien structuré. 250 mots minimum


II. Documents

Document 1 : Peut-on vraiment interdire l’anonymat sur les réseaux sociaux ?

« On doit aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat. » Voilà ce que souhaitait Emmanuel Macron lors d’un débat à Souillac, le 18 janvier dernier. Plus prudent, le secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi, qui a présenté ce jeudi son plan pour lutter contre le harcèlement en ligne, a évoqué sur France Inter « des usages sur lesquels on ne peut plus fonctionner avec l’anonymat ».

L’anonymat sur Internet, c’est quoi ?
En réalité, pas grand monde n’est véritablement anonyme sur les réseaux sociaux. « Il existe des dispositifs qui permettent un anonymat quasiment absolu, comme des réseaux chiffrés (VPN, TOR) ou des services d’anonymisation en ligne, mais ça ne concerne qu’une petite minorité de personnes », nous indique Tristan Mendès France, enseignant au CELSA et spécialiste du numérique. En réalité, on parle surtout de « pseudonymat », à savoir se dissimuler derrière un nom de code ou un pseudo pour s’exprimer. En clair, on s’inscrit avec son e-mail et on peut donc être identifié et retrouvé par les plateformes, même si on se présente ensuite publiquement sous un nom d’emprunt.

Comment le gouvernement compte-t-il lutter contre ?
Concernant l’anonymat (et par extension le pseudonymat) en ligne, Mounir Mahjoubi souhaite l’interdire pour certains usages, citant par exemple les cagnottes ou les pétitions en ligne. « C’est une piste intéressante mais le problème est que ça risque d’exclure les personnes qui ne veulent pas être identifiées en signant une pétition ou en faisant un don », met en garde Tristan Mendès France. Ainsi, tout le monde n’a pas forcément envie de rendre publique sa signature contre la hausse des prix du carburant ou sa participation à la cagnotte en faveur des policiers.

Pour le reste, et notamment l’utilisation des réseaux sociaux classiques (Twitter, Facebook etc.), le gouvernement souhaite pouvoir retrouver beaucoup plus rapidement les auteurs qui se dissimulent derrière un pseudo. Autrement dit, « accélérer la levée de l’anonymat », dixit Mounir Mahjoubi. Notamment en contraignant les plateformes à réagir plus rapidement.

Un internaute déjà jugé a plusieurs reprises avait pu être identifié par la justice via son adresse IP ou via des traces laissées sur Internet. « Mais il y a un problème de moyens et de formation des forces de l’ordre qui sont insuffisants pour lutter efficacement », pointe auprès du Parisien l’avocat Eric Morain, qui a notamment défendu la journaliste Nadia Daam. […]

L’anonymat sur Internet est-il forcément une mauvaise chose ?
Tout dépend des motivations. Les individus qui ont des visées malveillantes et veulent insulter ou harceler d’autres personnes, sont évidemment dans la ligne de mire du gouvernement. Mais l’anonymat peut aussi servir à se protéger de harcèlement. L’une des victimes de la « Ligue du LOL », Daria Marx (un pseudonyme), expliquait ainsi que ses harceleurs « sont la cause de [son] pseudonymat ». « Quand Daria Marx était menacée de mort, je pouvais me dire que ce n’était pas moi. Je pouvais me détacher du personnage virtuel malmené. Cela m’a sauvé bien des fois », a-t-elle confié sur son blog. […]

Nicolas Berrod, Le Parisien, 15/02/2019

 

Document 2 : L’anonymat sur Internet, de la poudre aux yeux ?

Dans le cadre d’une utilisation traditionnelle et quotidienne d’Internet (excluant donc les hackers et autres spécialistes), il est intéressant de constater que l’anonymat n’existe pas vraiment. Les technologies actuelles permettent en effet de tracer le passage de tout le monde, notamment avec les fameux cookies. De plus, paradoxalement, nous sommes plus que jamais présents sur les réseaux sociaux. Il y a donc une tension entre la volonté d’être visible sur les différentes plateformes numériques et celle de devenir anonyme lorsqu’on le choisit. La plupart des défenseurs de l’anonymat affirment que la protection de la vie privée passe avant tout, surtout maintenant que le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est installé et contrôle nos données personnelles. Or, en pratique, les utilisateurs ont une attente trop élevée de ce droit à la vie privée qui est en fait très limité. […]

Certains diront qu’il ne sert à rien de s’abriter derrière un pseudo, qu’il faut assumer ses opinions et prendre ses responsabilités. En réalité, ces personnes qui véhiculent des propos haineux à tout-va ne se cachent pas du tout et parlent au nom de leur véritable identité. Même dans la société physique, notamment avec la montée des mouvements populistes, la haine de l’autre s’est banalisée et les individus ne se gênent donc pas pour donner leur avis en toute transparence. Au contraire, celui qui voudrait passer pour anonyme ferait comprendre qu’il ne veut pas être identifié et qu’il n’est donc pas si convaincu de la validité de ses opinions. Qu’il s’agisse de groupes Facebook dédiés ou de sites web, les gens se retrouvent dans une sorte de bulle et n’ont plus conscience de la portée de leurs écrits à cause de l’aspect communautaire d’Internet, autrement appelé « illusion groupale » : tout le monde développe les mêmes propos, défend les mêmes convictions, donc tout semble normal dans le meilleur des mondes. Finalement, la question n’est pas de savoir qui ils sont, mais comment les bannir.

L’objectif est désormais de développer des attitudes positives par rapport au web et cela passe en grande partie par l’éducation : éducation aux médias, éducation au civisme et à la citoyenneté et surtout éducation permanente, tout au long de la vie. Les utilisateurs peuvent ainsi se renseigner, discuter avec leurs proches ou des associations spécialisées pour tenter de faire le tri dans les nombreuses fake news ou de se prémunir en cas de problème. Il existe par exemple des lois condamnant les propos haineux, mais il s’agirait également de mieux informer au sujet de ces lois puisqu’en définitive, il n’y a que très peu de réelles actions intentées en justice. L’éducation est donc primordiale chez les enfants, dans les écoles et pour les adultes.

Florence Clément, RTBF, 27/03/2019