C1 production écrite : L’alimentation et l’environnement

I. Épreuves

Synthèse : Faites une synthèse des documents proposés. 200 à 240 mots.

Essai Argumenté : Le maire de votre commune a décidé d’imposer un menu végétarien unique dans les cantines scolaires. Vous écrivez une lettre ouverte pour présenter votre point de vue de manière argumentée. Vous exposez notamment les conséquences d’une position aussi radicale. 250 mots minimum


II. Documents

Document 1 : Polémique à la cantine : « En France, la viande représente le bien-manger » explique une sociologue

[…] La municipalité écologiste de Lyon propose un « menu unique sans viande » dans ses cantines scolaires pour des raisons sanitaires, choix ayant provoqué la colère d’une partie du gouvernement. Mais pourquoi autant de crispations ? Explications par la sociologue Laurence Tibère.

Pourquoi la viande se retrouve-t-elle au cœur des débats ces derniers jours ?
Je pense que le maire de Lyon n’avait pas prévu de telles réactions de toutes parts : les parents, les agriculteurs, les politiques… C’est évidemment une guerre politique, mais pas seulement. La viande a un statut symbolique extrêmement puissant dans la culture alimentaire en France, notamment dans les milieux sociaux (classe moyenne et populaire) dont sont issus les enfants inscrits à la cantine. Pour les parents, il est important que leurs enfants mangent de la viande quotidiennement.

En France, la viande représente le bien-manger. Pour beaucoup, un bon repas, c’est un repas avec de la viande et parfois même deux fois par jour. Ils ont une représentation, un rapport positif et valorisant à la viande. Quand il s’agit d’enfants, cette tendance s’accentue. Dans les représentations sociales, on considère que pour qu’un enfant grandisse, pour qu’il ait de bons muscles et soit en bonne santé, il doit manger de la viande. De nombreux Français pensent que ne pas manger de viande risque de rendre les enfants anormaux, mais aussi d’altérer le plaisir alimentaire.

Dans la société française, le rapport à la viande n’est-il pas en train d’évoluer ?
Il est en train de se modifier légèrement, notamment dans certaines catégories sociales, comme les milieux aisés, et chez les jeunes toutes classes confondues. Non pas qu’ils dévalorisent la viande, mais ils considèrent que leur consommation de viande doit être moins quantitative et plus qualitative. Ils ne souhaitent plus en manger tous les jours et veulent connaître la provenance de leurs produits, consommer plus local, moins industriel. D’abord pour des raisons de santé, puis parce que leur sensibilité environnementale s’accroît. Mais aussi, parce que ces classes aisées cherchent à se distinguer. C’est une mécanique sociale qui a toujours fonctionné. La viande s’étant démocratisée, ces dernières cherchent à se démarquer en remplaçant la viande par d’autres aliments tout aussi nobles comme les légumineuses.

Dans les classes moyennes et populaires, en revanche, la consommation de viande continue d’être valorisée. Elles préfèrent consommer de la viande, même si elle est de moins bonne qualité. Mais comme l’une des autres mécaniques sociales, c’est le phénomène d’imitation, il est probable que dans quelques années les classes moins favorisées se mettent, elles aussi, à consommer moins de viande. En attendant, la France est un pays où la consommation de viande reste élevée. Alors qu’un recul de la consommation de viande rouge a été observé après la crise de la vache folle en 1996, d’autres viandes restent très prisées. Aujourd’hui, même en temps de crise sanitaire et environnementale, la viande reste un produit valorisé.

La consommation de viande a-t-elle toujours été un marqueur social ?
Oui, mais la tendance s’est inversée. Jusqu’au début des années 80, la viande était un aliment associé à l’aisance sociale, consommé majoritairement par les plus riches. Quand on mangeait de la viande, surtout de la viande rouge et plusieurs fois par jour, c’était très valorisé. C’était un symbole d’opulence. Dans les milieux ouvriers aussi, la viande était valorisée, notamment comme symbole de force. Mais ils n’y avaient pas accès aussi fréquemment que les milieux aisés. Les moins favorisés mangeaient davantage de porc, au détriment du bœuf et du veau, lors de moments particuliers comme le dimanche.

Léa Lucas, LCI, 23/02/2021

 

Document 2 : Pour la santé et l’environnement, les Français prêts à moins manger de viande

Manger moins de viande, mais de meilleure qualité. Alors que la polémique sur les menus végétariens dans les cantines scolaires de Lyon se dégonfle, c’est l’aspiration qui ressort d’une enquête Harris Interactive commandée par le Réseau Action Climat (RAC), rendue publique jeudi 25 février. Selon ce sondage, les Français consomment de moins en moins de viande et se soucient de plus en plus de sa provenance et de sa qualité.

Si 96 % des personnes sondées déclarent manger de la viande au moins de temps en temps, elles ne sont qu’une sur trois à en manger tous les jours — principalement les plus jeunes (18-24 ans), les personnes issues des classes populaires et les personnes vivant en province. Surtout, près de la moitié des enquêtés (48 %) déclarent avoir diminué leur consommation de viande au cours des trois dernières années. Ce pourcentage confirme une tendance de plus long terme, puisque la consommation de produits carnés avait déjà diminué de 12 % entre 2007 et 2016, selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc).

Et la quantité de steak dans les assiettes pourrait encore se réduire : si 60 % des répondants disent que leur régime leur convient, « une personne sur deux ayant déjà réduit sa consommation de viande a l’intention de poursuivre sur cette voie, principalement chez les jeunes, les urbains et les CSP Plus (catégories socioprofessionnelles supérieures) », a indiqué Pierre-Hadrien Bartoli, directeur des études politiques chez Harris Interactive, lors d’une conférence de presse organisée par le RAC le 25 février. Parmi les raisons invoquées pour justifier cette baisse, la santé (pour 43 % des répondants), la nécessité de faire des économies (33 %) mais aussi un souci de bien-être animal (36 %) et de protection de l’environnement (33 % « principalement chez les plus jeunes », précise M. Bartoli).

Alors, bientôt tous végétariens ? Pas tout à fait. Car une part non négligeable des personnes interrogées ont bien l’intention de réinvestir l’argent économisé dans de la nourriture (pour 42 % des répondants) et en particulier de la viande (32 %) de meilleure qualité : d’origine locale ou tout du moins française — premier critère de sélection —, issue d’un élevage respectueux du bien-être animal et ayant un bon goût. « Ces critères ne sont pas une simple préférence, observe M. Bartoli. S’ils ne sont pas réunis, la personne peut renoncer à son achat. Ainsi, 69 % des Français ont déjà renoncé à un achat à cause du prix, ils sont 59 % à avoir reculé car ils ne trouvaient pas de viande de provenance française. » […]

Émilie Massemin, Reporterre, 02/03/2021